Publié le 1/3/2010
La politique du désengagement de l’État s’impose partout
par les Brigades d’information citoyenne
Le néolibéralisme conduit à une perte de pouvoir des gouvernements sur un nombre croissant d’activités dans la société. Au cours des dernières années, le discours à l’effet que les gouvernements et les services publics sont incapables de fournir des produits et services de façon efficace est devenu monnaie courante. À cela, il faut ajouter cet autre discours, bien pratique pour les multinationales et les intérêts des capitaux privés, celui de la crise des finances publiques, eu égard à l’importance de la dette publique.
Ces deux discours, qui sont plutôt deux éléments d’un même discours, ont tracé la voie au désengagement de l’État. Au Québec et au Canada, comme dans l’ensemble des pays de la planète, les ministres des finances et les premiers ministres, comme les “experts” de la Banque Mondiale et du FMI nous ont servi, ad nauseam, une logique qui ne peut conduire qu’à une seule politique, celle de la réduction des dépenses publiques, eu égard à l’importance de la dette publique.
Comment y parvenir ? Depuis plus de vingt ans, les gouvernements d’ici et d’ailleurs coupent allègrement dans les programmes sociaux et les services publics. Régulièrement, on s’en prend aux plus démunis de la société pour équilibrer les finances publiques. Nos politiciens, qui ont à peu près tous endossé le crédo des milieux financiers, répètent sans cesse qu’il faut avoir recours au secteur privé pour maintenir les services de santé, qu’il faut privatiser certains services parce que l’État n’a plus les moyens de nous les payer collectivement, qu’il faut réduire la taille de l’État puisque c’est trop cher et peu efficace.
C’est ainsi que les gouvernements visent à réduire les impôts le plus possible, à réduire la dette en accélérant son remboursement, en ayant recours aux privatisations, aux partenariats public-privé, à la sous-traitance, etc. Toutes ces politiques servent d’abord et avant tout les intérêts des multinationales et des investisseurs.
En fait, rien n’est plus faux que de prétendre que le secteur privé est plus efficace et moins coûteux que les services publics. Le cas de la privatisation des services d’eau dans de nombreux pays est un exemple frappant. En Angleterre, à la suite de la décision de la privatisation des services d’eau par le gouvernement de Margaret Thatcher, le prix des services d’eau a augmenté de manière dramatique et la qualité de l’eau est devenue moins sûre. De plus, dans les quartiers pauvres de Londres, on a pu noter une diminution de la consommation d’eau par les résidents qui n’avaient pas les moyens de la payer.
Voici ce qu’affirmaient, en 1996, des chercheurs de la chaire d’études socio-économiques de l’UQAM (Lauzon, Patenaude et Poirier).
Voilà la réalité dans le domaine de l’eau. Nous pourrions trouver encore bien des exemples dans d’autres domaines comme les transports, les communications, la gestion des parcs et réserves fauniques, etc.
Nous pouvons changer le cours des chose, quelques pistes pour renforcer la démocratie
Bien que le problème auquel nous avons à faire face soit considérable, il y a lieu de conserver de l’espoir. En effet, même si le pouvoir des multinationales et des financiers apparaît gigantesque, il n’en demeure pas moins qu’il est possible de changer les choses. Des solutions sont envisageables et déjà mises en pratique partout dans le monde.
La mobilisation citoyenne
Depuis quelques années, nous constatons que la mobilisation citoyenne à l’échelle mondiale peut bloquer les forces économiques de marché. Ce fut le cas avec le projet d’Accord multilatéral sur les investissements (AMI) qui fut abandonné grâce à la vigilance de militantes et de militants altermondialistes, particulièrement en France. Puis, cette mobilisation a eu un effet très important à Seattle et a conduit à l’échec de cette première tentative de lancer des négociations commerciales dans le cadre de l’OMC.
Plus près de nous, lors du Sommet des Amériques, au Québec, en avril 2001, une mobilisation sans précédent sur une question passablement complexe pour la majorité de la population, le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), a permis de semer le doute sur les négociations en cours et sur les conséquences d’un tel accord sur les vies des femmes et des hommes vivant sur le territoire s’étendant de la Terre de Feu à l’Alaska. Depuis lors, une multitude de citoyennes et de citoyens gardent l’œil ouvert et réagissent.
Les pressions sur les élus à l’Assemblée nationale et à la Chambre des communes se font plus fréquentes et insistantes. Ce fut le cas, au début de 2003, lorsque des centaines de milliers de personnes se sont levées au Québec pour dire non à la participation du Canada à la guerre injustifiée et injustifiable contre l’Iraq.
Mais la mobilisation ne s’exprime pas uniquement à travers des manifestations d’opposition aux politiques néolibérales ou impérialistes. À Porto Alegre, un rassemblement inédit s’est amorcé en janvier 2001 pour faire contrepoids au Forum économique de Davos, mais surtout pour faire la démonstration qu’un autre monde est possible ! À quatre reprises, le Forum social mondial a réuni des foules immenses au Brésil et en Inde. Des centaines d’événements ont alors été organisés et ceux-ci visent, de plus en plus, à mettre de l’avant des solutions alternatives à la mondialisation néolibérale. Ce qui justifie l’espoir que représentent ces forums, c’est l’engagement de la jeunesse dans cette démarche. Des jeunes de tous les pays refusent de se laisser manipuler par le pouvoir financier et par les multinationales. Ces jeunes veulent construire un monde sur d’autres bases que celles des lois du marché. Ces jeunes adhèrent à des valeurs comme la solidarité, l’entraide, le partage, la démocratie et la liberté.
La démocratie participative
Si la démocratie représentative que nous avons dans nos pays est en mauvais état, des actions ont déjà été entreprises pour redonner un sens à cette façon d’organiser la société. De plus en plus de citoyennes et de citoyens s’impliquent dans leurs milieux pour participer aux décisions.
Au Brésil, encore à Porto Alegre, la démocratie participative a fait ses premiers pas et a permis d’expérimenter le Budget participatif qui permet aux citoyennes et aux citoyens de prendre part à la préparation du budget de cette ville de plus d’un million d’habitants. Cette expérience a déjà débordé le territoire de cette municipalité du sud du Brésil pour atteindre d’autres localités et même le gouvernement régional du Rio Grande do Sul.
Chez-nous, sans prétendre que nous avons la possibilité d’aller aussi loin, nous pouvons mentionner l’existence de conseils de quartier à Montréal et à Québec. Bien que ces instances soient perfectibles, il faut considérer que ce sont des lieux où la voix du changement et de la construction d’un autre monde peut être entendue.
La multitude des mouvements sociaux progressistes
Au Québec comme ailleurs, fourmillent des milliers d’organisations qui, dans bien des cas, jettent les bases d’une autre mondialisation. C’est le cas du mouvement de la Simplicité volontaire qui propose une autre consommation et l’affranchissement des réseaux de distribution reliés aux multinationales. Plusieurs groupes font la promotion du commerce équitable alors que des coopératives d’habitation donnent l’accès à des logements sur d’autres bases que celles du marché.
De plus en plus, les groupes communautaires se définissent comme des solutions alternatives à la mondialisation néolibérale et rejettent cette idéologie qui ne favorise que les plus riches. On sent aussi un éveil dans les syndicats qui rejettent de plus en plus fortement le désengagement de l’État et exigent le maintien des services publics et des programmes sociaux.
Divers projets d’assemblées citoyennes dans les municipalités pour interpeller les élus, les influencer et les “contrôler” naissent ici et là. Ces projets veulent interpeller les citoyennes et les citoyens et les inviter à prendre en main notre destinée collective.
Toutes ces perspectives font appel aux citoyennes et aux citoyens directement. Il ne suffit plus d’élire des personnes qui iront siéger à la Chambre des communes, à l’Assemblée nationale ou au Conseil municipal. La démocratie appartient au peuple, c’est par une démocratie placée sous un contrôle citoyen que nous avancerons dans la construction d’un autre monde et que nous parviendrons à mettre en échec le néolibéralisme.
À venir : Le néolibéralisme et l’environnement
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