Publié le 8/5/2010
“Thérèse Desqueyroux”, de François Mauriac
par le Club de lecture de la Bibliothèque de La Tuque (chronique du Tam-Tam)
Voici l’un des plus célèbres romans de François Mauriac, paru en 1927, adapté au cinéma par Georges Franju. Thérèse représente l’histoire d’une femme qui a tenté d’empoisonner son mari Bernard à l’arsenic, mais en vain. Pour éviter que le scandale éclate, son mari, préférant que l’affaire soit étouffée, la disculpe devant le tribunal qui, du coup, prononce un non-lieu.
Thérèse n’est donc pas poursuivie par la justice, et pourtant tous la savent coupable : son père qui est venu la rechercher, son avocat qui l’accompagne, son mari qui l’attend en leur propriété d’Argelouse. Le roman commence alors que le procès de Thérèse prend fin. Le narrateur fait ensuite un retour en arrière pour raconter le parcours de la meurtrière, suggérant ce qui l’a amenée à essayer d’attenter à la vie de son mari.
Thérèse étouffe sous le poids des conventions bourgeoises, du mariage et de la maternité, dans un environnement qui lui semble hostile. Elle veut échapper au carcan bourgeois, elle veut devenir une femme libre, visiter Paris, devenir une femme instruite dans un monde dominé par les hommes. Pendant ce temps, on lui demande de faire corps avec la famille, d’abdiquer son libre arbitre, son identité pour devenir épouse et mère.
Après le non-lieu, grâce au faux témoignage de son mari, elle sera désormais sous sa coupe. Il la cloîtrera, mais Thérèse se meurt comme une fleur fanée. Son époux cèdera et la laissera partir pour Paris. Elle est expulsée de la famille comme un corps étranger qui n’a pu être digéré. Elle disparaitra, elle rejoindra la cohorte maudite des proscrits de la famille, ceux dont le nom n’est plus prononcé, ces parents dont les photos ont disparu des albums familiaux… Tel est le prix de la liberté.
En 1950, Thérèse Desqueyroux retient l’attention d’un jury de critiques. Impressionné par l’ardeur stylistique de cette œuvre clé du début du 20ème siècle, ce jury rend son verdict et classe le roman de Mauriac aux cotés des onze autres les plus marquants du demi-siècle qui venait de s’écouler.
Mauriac sait bien rendre les sentiments de Thérèse, son indifférence par rapport à la maternité, le vide causé par l’insatisfaction de rêves non accomplis et son désir d’être ailleurs. Certains décrivent ce roman comme un aperçu de la femme du 20ème siècle avec ses aspirations de femme libre et son désir d’instruction.
Personnellement, c’est vrai, la femme d’aujourd’hui aspire à plus de liberté, plus d’instruction afin d’agrandir l’éventail de leurs choix de vie. Mais, la grande majorité désire partager l’amour sincère avec un homme et goûter les joies de la maternité.
Louise Hénault
Club de lecture de la Bibliothèque municipale
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