Publié le 8/5/2008
Un livre de l’ombre
par le Club de lecture de la Bibliothèque de La Tuque (chronique du Tam-Tam)
Voici un livre de l’ombre qui succède à un livre de lumière (L’Évangile selon Pilate, publié en 2000). Après avoir étudié la tentation de l’amour, l’auteur étudie la tentation du mal. Il veut comprendre tout en précisant que comprendre n’est pas justifier.
Ce livre a nécessité plusieurs heures de recherche pour donner une version juste des faits historiques.
On suit deux vies : celle d’Hitler, recalé à l’École des Beaux-Arts de Vienne en 1908, et celle de Adolf H., accepté à cette même École. “En montrant qu’Hitler aurait pu devenir autre qu’il ne fut, je ferai sentir à chaque lecteur qu’il pourrait devenir Hitler”, indique l’auteur.
Le Hitler refusé aux Beaux-arts est celui que l’Histoire nous a fait connaître. Issu d’une famille dysfonctionnelle, timide, le jeune Autrichien Hitler qui rêve d’une carrière de peintre est donc refusé aux Beaux-Arts. Il vivote quelques années jusqu’à devenir itinérant. C’est lors de la première Guerre mondiale qu’il découvre ses appétits belliqueux. Il combat pour l’Allemagne, qu’il considère sa patrie. Son analyse de la défaite allemande de 1918 sera le point de départ de son antisémitisme, car il attribue cette défaite aux Juifs. Il reste attaché à l’armée après la guerre, fait son chemin en politique avec des idées d’extrême droite, devient chancelier de l’Allemagne. On connaît la suite.
Hitler est présenté comme un antisocial, un paranoïde, un être sans compassion pour autrui, un narcissique. Il nie les problèmes. Son autocritique est nulle.
Adolf H., accepté aux Beaux-arts, est ce même jeune homme timide émergeant d’une famille dysfonctionnelle. Ses réactions excessives à la vue des femmes nues qui posent lors des cours d’arts, entraîneront des consultations chez le psychanalyste Freud. De là naîtront une connaissance de lui-même et une ouverture à connaître les autres, les femmes en particulier ! Il apprend à reconnaître en lui l’existence de problèmes et le besoin d’y remédier. Adolf H. sera un grand amoureux des femmes, de la peinture, de ses enfants et de la vie en général !
Éric-Emmanuel Schmitt termine son livre en indiquant le cheminement qui l’a conduit à cette écriture : alors qu’il avait 10 ans, ses parents l’amènent au cinéma pour le visionnement d’un film sur Hitler, la 2e Guerre mondiale et les camps de concentration. Ses parents lui expliquent que les Allemands et Hitler étaient des hommes comme lui et comme eux. Il comprend qu’un monstre comme Hitler n’est pas un être différent de lui, hors de l’humanité, mais un être comme lui qui prend des décisions différentes. Depuis ce jour, l’auteur explique avoir compris que chacun de nous cohabite avec une bête violente et sanguinaire.
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