Publié le 17/6/2009
Un soutien essentiel
par le Tam-Tam communautaire du Haut St-Maurice
A. Rhéaume - En 2007, la Mauricie a connu un taux de suicide alarmant, un des plus élevés au Québec. Depuis 1992, le Centre de prévention suicide de La Tuque oeuvre au sein de la population mauricienne afin de répondre à la détresse des gens. Lise Lebel, coordonnatrice depuis maintenant cinq ans, veille au bon fonctionnement de ce service tout en offrant soutien et écoute comme intervenante, et ce, sans aucun jugement.
Des services de soutien
Bien que l’écoute téléphonique ait été un des premiers services offerts au Centre de prévention suicide, d’autres méthodes d’interventions se sont ajoutées au fil des années. Depuis environ huit ans, à la suite d’une demande faite par la population, le Centre a instauré des rencontres en face à face entre intervenant-e et individu. La personne souhaitant bénéficier de ce service n’a qu’à téléphoner au Centre et ensuite, un rendez-vous est pris avec celle-ci.
Le Centre fait également de la postvention à la suite d’un suicide. Cette intervention peut se faire dans différents milieux, tant au travail, à l’école, avec la famille ou les amis. Après vingt-quatre ou quarante-huit heures à la suite du drame, une équipe se déplace sur les lieux afin de permettre aux proches de se laisser aller librement. Ces interventions demeurent très efficaces, mais il importe que les gens contactent directement le Centre s’ils souhaitent bénéficier de ce service.
L’organisme oeuvre aussi auprès des individus ayant vécu un deuil en effectuant un suivi. Il s’agit ici de toutes formes de deuils, et non pas uniquement de suicides. Le soutien clinique est également important pour les gens du réseau. Les intervenants peuvent ainsi se valider auprès de personnes ressources, par ligne téléphonique ou par une rencontre individuelle. Finalement, le Centre offre des ateliers de sensibilisation et de formation auprès des organismes latuquois.
Afin d’offrir un soutien de qualité, l’intervenant-e se doit de demeurer empathique et neutre face à la personne vivant avec une problématique de suicide. Passionnée par la vie, Madame Lebel souligne que l’intervention requiert un véritable don de soi. Par contre, il est essentiel de savoir poser ses limites et de ne pas partager la souffrance d’autrui. Laisser la personne parler à son rythme et user de compréhension demeure un moyen efficace d’aider la personne à se resaisir et à retrouver confiance. Lors de ces rencontres, il est fréquent que l’intervenant-e oriente la personne vers différentes ressources, afin de régler divers problèmes sous-jacents, comme des problèmes de dépendances. Le Centre est aussi continuellement en lien avec les organismes de la ville, qui peuvent également offrir de l’aide selon les besoins spécifiques de la personne.
Pourquoi en arriver là ?
Selon Madame Lebel, il n’est pas rare qu’une accumulation de situations soit responsable de cette tragédie qu’est le suicide. En effet, différents facteurs précipitant, tels l’alcoolisme, la dépendance, une séparation, une perte d’emploi, en plus de la souffrance que porte l’individu, peuvent pousser ce dernier à poser le geste. Néanmoins, chaque personne est unique, et les intervenant-es doivent constamment s’adapter à celle-ci.
Les hommes sont souvent les plus à risque, car ils sont beaucoup moins nombreux à demander de l’aide. Il apparaît en effet qu’ils perçoivent leurs tendances suicidaires avec beaucoup de honte; ils en ressentent aussi un grand sentiment de faiblesse et d’échec. Les interventions avec le Centre les amènent à avoir le droit de pleurer, de se laisser aller, bref, de montrer leurs émotions.
Une intervention spécifique
Les Centres de prévention suicide possèdent une échelle spécifique afin de pouvoir déterminer rapidement les intentions de la personne les contactant. De niveau faible, les personnes ont des pensées concernant le geste ; ils ressentent surtout un besoin de s’exprimer. Le niveau moyen représente les 48 heures précédentes le geste ; les signes avant-coureurs sont nombreux, et un oeil attentif s’impose. Au niveau élevé, niveau où le geste est en cours, les intervenants n’hésitent pas et communiquent directement avec la Sûreté du Québec. Il s’agit d’une réelle urgence, une “opération sauvetage”. À ce niveau, la confidentialité ne tient plus, car la vie de l’individu est en réel danger. L’important demeure de sécuriser la personne, car elle constitue un véritable danger pour elle-même.
Lors des interventions, il est essentiel de ne pas banaliser les émotions ressenties par la personne. Au fil du travail avec les individus, Madame Lebel souligne que des aptitudes se développent. En effet, en observant la personne, il est possible de déterminer certains signes qui sont très parlants au niveau de son état, comme sa respiration, sa tonalité et son débit de voix. Ainsi, il demeure important de toujours demeurer attentif à la personne et aux signes non verbaux qu’elle peut montrer.
Et l’avenir ?
Madame Lebel demeure très optimiste face à l’avenir. Il existe, à ce jour, trente et un Centres de Prévention Suicide partout au Québec. Leur présence auprès de la population québécoise est bien réelle et leur travail s’avère bénéfique. Les préjugés sont de moins en moins présents lorsqu’il est question de suicide ; les gens en parlent plus ouvertement, ce qui une influence très positive auprès de ces personnes. Ainsi, bien que la situation du suicide soit parfois difficile à gérer, n’hésitez pas à venir demander de l’aide. Le Centre de prévention suicide de La Tuque peut vous aider à y voir plus clair.
| Début de la page |
| Page précédente | Retour à la page d'accueil |
|