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André Mercier

Le commentaire d'André Mercier

Mon ami Guy

Publié le 20 décembre 2007


Le temps des Fêtes a quelque chose de vraiment magique et agit sur notre subconscient pour en faire ressortir des souvenirs que l’on sent et ressent comme un véritable voyage dans le temps.

Voyez ces personnes âgées nous parler de cette orange ou de cette pomme, emballée dans du papier journal et qui a l’air si appétissante dans le fond de leurs yeux. Sentez la tourtière de grand-maman, seulement en fermant les yeux et écoutez la musique de “mon oncle” Lionel avec son banjo. Humez le sapin et cette “neige artificielle” que l’on a vaporisée avec soin sur chaque branche. Ressentez l’anxiété de l’attente des cadeaux après la messe de minuit et qui semblait si longue…

Les Fêtes, c’est toute une expérience humaine ! Et sans tomber dans la nostalgie, c’est plutôt avec humour, comme il l’aurait aimé, que je me souviens de mon ami Guy, ce touchant géant, fort comme un chêne au coeur tendre et qui est parti bien jeune, la tête pleine de projets.

Il avait une influence positive sur moi. Je l’ai connu dans la cabine des trombones, à l’école de musique de M. Aubert Mongrain, à l’école Champagnat, au début des années 70. On jouait vraiment mal… vraiment, mais on aimait la musique et on a persévéré. C’est lui qui m’a fortement incité à joindre les rangs de l’Harmonie de La Tuque. Costumés avec nos pantalons noirs à rayures rouges, nos tuniques rouges et parés de la casquette militaire, nous étions sur la première rangée lors des parades. Il fallait que les trombones soient en avant, histoire de ne pas faire tomber la casquette de nos prédécesseurs avec nos coulisses…

C’est aussi avec lui que j’ai vraiment commencé à m’intéresser au ski alpin, un sport qu’il adorait. J’avais oublié de vous dire que Guy avait eu la polio dans son enfance et qu’il avait dû subir de multiples chirurgies, principalement à l’hôpital des Shriner’s à Montréal où il était d’ailleurs accueilli comme un grand frère par les plus jeunes enfants hospitalisés et par le personnel. Les opérations et la maladie lui avaient laissé une jambe différente de l’autre, plus petite et un peu de biais, ce qui le faisait boiter.

Sur une paire de ski, mon ami Guy était un véritable casse-cou. Avec sa jambe un peu plus petite et fragile, il lui arrivait, en prenant un virage, de déraper à pleine vitesse et de se retrouver au centre d’un nuage de neige duquel émergeaient bâtons, skis, mitaines, tuques et lunettes de ski, dans un fracas indescriptible. Inquiet, je le retrouvais pratiquement enseveli, tête première dans la neige, avec comme seul équipement restant, ses bottes qui étaient heureusement bien attachées.

Un jour, vers l’âge de 14 ou 15 ans, au début des années 70, son père nous avait organisé un transport avec M. Provencher qui conduisait un gros camion pour rapporter à La Tuque des fruits et légumes du Marché central à Montréal. Très tôt le matin, nous prîmes la direction de la grande ville, afin de vivre deux jours d’aventures inoubliables. Le Parc Jarry et une partie de baseball des Expos de Montréal, la visite à l’hôpital des Shriner’s et La Ronde, avec la rousse cousine montréalaise de Guy, qui nous a si bien accueillis dans le sous-sol de ses parents, dans l’Est.

Puis, l’époque des scouts Pionniers est arrivée. Encore une fois, l’influence positive de Guy m’a fait adhérer à un mouvement dont je ne conserve que d’excellents souvenirs. Les expéditions en raquettes ou en ski de fond, les réunions dans le sous-sol de M. Régier, sur la rue Élizabeth, avec le frère Égide Allen, un homme dévoué qui nous a tant donné.

L’image la plus forte que je conserve de mon ami Guy date de l’époque des Pionniers, lors d’une longue excursion en canot sur le lac Édouard et la rivière Jeannotte. Lors de la traversée d’un rapide, il fallait contourner les vestiges d’un petit pont en luttant contre un courant assez puissant. Nous n’avons pas réussi la traversée assez rapidement et le courant nous a poussé vers le pont. Le canot s’est retrouvé en parallèle avec celui-ci et avec la force du courant, il a commencé à tanguer et à se remplir d’eau. La seule solution qui se présentait était de nous agripper après le pont et d’y grimper, sans quoi nous risquions d’être emportés par le courant sous le pont et dans les rapides. Avec l’expérience, je sais, aujourd’hui que nos chances de nous en sortir étaient minces.

Soudainement, le canot a disparu sous le pont et est ressorti plusieurs dizaines de mètres plus loin, laissant deviner le sort qui nous attendait. Agrippés au pont fait de rondins, nous avions les jambes aspirées par le courant. Guy, par la force herculéenne de ses bras, a réussi à se hisser sur le pont. Immédiatement, alors que je me demandais vraiment ce qui allait m’arriver, n’ayant pas la force de grimper au pont, j’ai vu la main du géant se tendre vers moi et de son bras puissant, il m’a soulevé comme une plume pour me sortir de ma situation des plus précaires.

Ça m’a pris plus de 30 ans pour me rendre compte que cette fois-là, mon ami Guy m’avait sauvé la vie grâce à sa force et sa puissance. L’ingénieur forestier diplômé de l’Université Laval au début des années 80 a toujours fait preuve de force et de persévérance, sauf un jour, ou son corps fatigué, à l’aube de la trentaine, a rendu son dernier souffle de façon subite. Un corps fatigué de se faire anesthésier depuis sa tendre enfance mais qui avait développé une telle puissance, parce que les bras et les épaules avaient dû pousser un fauteuil roulant pendant toutes ces années d’enfance et de souffrance.

Fils aimé, frère attentionné pour ses petites soeurs et son jeune frère, amoureux de sa belle infirmière et ami d’une valeur incomparable, Guy est une de ces étoiles qui brillent et qui ne s’éteindra jamais. Le bras puissant tendu vers moi me rappellera toujours les valeurs humaines de cet homme et cette période des Fêtes me permet de me remémorer de joyeux souvenirs en sa compagnie.

Repose en paix, géant au coeur tendre… tu nous manques !

    André Mercier

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