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Chronique de Attac-Québec

par Claude Vaillancourt

Guerres commerciales

Publié le 14 août 2018


Selon un avis très partagé, Donald Trump aurait amorcé une nouvelle guerre commerciale. En mettant en place des barrières tarifaires sur l’acier et l’aluminium, il incite fortement ses partenaires commerciaux à agir ainsi. Avec les conséquences qui s’ensuivent : hausse des prix, pertes d’emplois, insécurité économique.

Mais la réalité est un peu plus compliquée. Il ne faut surtout pas oublier que le libre-échange a causé une guerre commerciale permanente. Il n’a pas vraiment créé de nouvelles règles, mais éliminé plusieurs de celles qui existaient. Il met en état de concurrence perpétuelle les travailleurs et les travailleuses de tous les pays. Le plus grand exportateur devient souvent celui qui produit au plus bas coût, offrant les pires conditions de travail. Et cela aux dépens de la qualité de l’environnement, dont la protection est une dépense de trop.

Ce système dérèglementé encourage fortement la surproduction, chacun devant produire plus et pas cher pour trouver sa place sur les marchés. En cette période de réchauffement climatique, cette nécessité d’offrir plus que ce qu’on demande, d’exploiter toujours davantage une nature qui demande du répit a des conséquences environnementales inquiétantes. Elle reflète surtout une attitude qu’on ne peut plus se permettre d’entretenir.

Imposer des barrières tarifaires ne créera pas moins d’emplois, mais les répartira autrement. Comme si on versait la même quantité de liquide dans différents verres. Certes, il y aura des perdants, et peut-être que ceux-ci se trouveront près de chez vous. Mais on ne peut pas entièrement blâmer quelqu’un qui considère que les gagnants doivent se retrouver dans son pays. Il en résultera probablement une hausse des prix (si les variations du cours du dollar ne viennent pas tempérer la situation). Mais aussi une hausse des revenus de l’État qui pourraient être investis dans des services publics qui en ont beaucoup besoin. Il ne faut pas complètement oublier ce côté de la médaille.

On n’a pas tort de dénoncer la décision très cavalière de Donald Trump. Mais il n’est pas le seul à manquer de vision. Et il a voulu répondre à une forme de désespoir et de frustration vécue par une partie de sa population.

L’opposition très carrée entre le libre-échange et le protectionnisme empêche d’élaborer une véritable réflexion sur le commerce extérieur et ses effets considérables sur les populations. On a trop souvent l’impression qu’il s’agit d’un robinet qu’on ouvre ou qu’on ferme, selon les humeurs de chacun. Les libre-échangistes, partisans du robinet ouvert, agissent par pur dogmatisme : le libre-échange est nécessairement bon, le protectionnisme nécessairement mauvais, il faut enlever le plus grand nombre de contraintes au marché. Et rien ne va plus loin.

Le protectionnisme, surtout celui défendu par Trump, a des motifs égoïstes. Seuls les intérêts immédiats priment, les autres pays devant s’adapter aux besoins du pays le plus puissant du monde. Entre l’attachement dogmatique des uns et la rigidité nationaliste des autres, les terrains d’entente sont difficiles à trouver. Et les solutions médianes n’apparaissent même pas dans le radar.

Pourtant, celles-ci sont bien connues. L’avenir n’est plus à la dérèglementation, mais à une règlementation concertée de ce secteur visé par Trump, parmi d’autres. Il faut des normes rigoureuses du travail, des normes de protection de l’environnement et l’élimination de la surproduction. Pourquoi ne pas mettre en place une forme de gestion de l’offre mondiale de l’acier et de l’aluminium ?

Il est clair qu’avec le débat actuel, nous sommes à des millénaires de pareilles solutions. Se développant sur de bien mauvaises bases, le libre-échange ne s’intéresse pas aux déséquilibres qui font souffrir les populations : des travailleurs désorientés et perdant leur emploi, une répartition de la richesse quasi inexistante, des entreprises déresponsabilisées qui ne pensent qu’aux profits de leurs actionnaires.

Certes, Justin Trudeau a raison de répliquer à Trump par la mise en place de nouvelles barrières tarifaires. Mais cette bataille de coqs, initiée par un président irresponsable, ne changera rien aux vices inhérents du commerce international aujourd’hui. Elle ne fait que perpétuer une vision étroite qui empêche de jeter un regard lucide sur les vrais problèmes engendrés par les pratiques commerciales actuelles.

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