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Les membres du Club de lecture de la Bibliothèque de La Tuque
  
Chronique littéraire
  
par le Club de lecture de la Bibliothèque de La Tuque
  

Publié le 31/3/2010  -  Version imprimable

“Ceux de la rivière”, de René P. Dessureault

Fruit de quarante ans de recherches, ce roman nous transporte dans les premiers temps de la colonie en nous faisant découvrir Françoués Dessureau, sa femme Marie Brouard et trois de leurs enfants.

Françoués, le Bourguignon

Françoués Dessureau, fils unique, quitte son pays pour un trente six mois (c’est ainsi qu’on appelle le contrat). Doté d’une bonne éducation, sachant lire et écrire, le calcul ne l’effraie pas. Il est engagé à titre de magasinier et comptable dans un comptoir de fourrure de la compagnie Lefebvre et Barrette. Ce commerce est basé sur le troc : fourrures échangées contre le matériel d’hivernage en forêt.

Les tarifs sont établis par Louis Buade, comte de Frontenac. Par exemple, un fusil pour six castors, un grand capot pour trois castors, etc. Le castor sec est le castor tel que prélevé, le castor gras, le luxueux, a été porté deux ou trois ans côté poil et côté peau, la chaleur l’a engraissé et assoupli et il est d’une incroyable longévité.

Françoués est affecté à Pointe Fortage, petit bourg de Batiscan. C’est là qu’il fait la connaissance des Poitevins Jacques Antrade et Marie Brouard. Après le décès de son ami, il visite sa veuve pour s’assurer de son bien-être. Un mois plus tard, ils se fréquentent et deux mois plus tard, s’épousent. Il quitte alors son statut de trente-six mois et devient un habitant décidant de s’établir dans la maison qu’habite déjà Marie.

Un ajout à la maison devient nécessaire.

Le coût de la vitre étant trop élevé, ils se contentent de papier translucide pour la fenêtre. Puis, leur fille Catherine est baptisée dans l’église bâtie par les colons à quelques pieds du fleuve. La construction d’une grange permet de loger une vache, un cochon et quelques poules. À l’automne, le cochon est mis dans un baril de saumure.

Ainsi, Françoués apprend les rudiments de la construction. Il apprend à confectionner un canot d’écorce de son ami Petit Batisse dont l’enfant est la copie conforme ayant pour ce fait aidé la nature par l’application de petites masses d’argile sur le crâne en le serrant peu à peu ; il s’agit de bien disposer l’argile.

Françoués et Marie auront plusieurs enfants : Catherine, Françoise, Madeleine, François et Jean-Baptiste en plus de Marie-Anne et Charles nés de l’union de Marie et Jacques Antrade. Laurent Lefebvre lui ayant rapporté de France les fables de Lafontaine, il en fera la lecture au grand ravissement de ses enfants.

La vie tourne au rythme des saisons : le temps des Avents, des Fêtes, du Carême, des sucres, de Pâques, des récoltes, les jours de jeûne, du baptême, des Rogations, des morts, l’heure du lever, des repas, de la grand-messe, de la prière et de la mort. Après seize ans de bonheur, il décède à cinquante-cinq ans sur ces terres où il a perpétué le nom de Dessureau.

Marie, la Poitevine

Le trois juillet 1668, quatre-vingt-une jeunes femmes arrivent en Nouvelle-France escortées par madame Bourdon. Les Filles du roi “ne devaient pas être disgraciées par la nature, rien de rebutant à l’extérieur, saines et fortes pour le travail de campagne ou du moins qu’elles aient quelque industrie pour les ouvrages de main”. Les Filles du roi n’étaient pas des filles à la cuisse légère.

Bien que pauvres, c’étaient de bonnes filles.

C’étaient des ventres féconds qui devaient mettre au monde un pays qui n’existait pas. Elles seront en réclusion le temps de les familiariser avec ce qui les attend. Madame Bourdon enseigne tout, même la fabrication du bouillon capable d’émoustiller son homme. Composé d’eau, de pâte de blé et de levain, le tout est mis à fermenter. D’un goût piquant, ce bouillon rend gai.

L’intendant Talon a établi des lois strictes concernant les mariages. La foire aux femmes commence et va durer quinze jours. Marie, dix-neuf ans, est remarquée par Jacques Antrade, vingt-cinq ans. Le mariage est célébré à Québec après six semaines de fréquentations.

Marie est riche d’une dot de trois cent livres, quelques vêtements, une cassette contenant une coiffe, un mouche nez de taffetas, un ruban à soulier, cent aiguilles, un peigne, un fil blanc, une paire de bas, une paire de gants, une paire de ciseaux, deux couteaux, un millier d’épingles, un bonnet, quatre lacets, deux livres en argent, et d’un grand courage.

Par voie d’eau, ils se rendent à Batiscan. Jacques Andrade défriche courageusement et à vingt-huis ans, l’épuisement a raison de lui. Marie Brouard devient veuve. La Providence veille sur elle : elle épouse Françoués Dessureau le trois mars 1672. Ils ont cinq filles et trois garçons et après seize années de vie commune, elle est à nouveau veuve.

Onze mois plus tard, c’est avec Jean Boismené qu’elle promet à nouveau de “vivre sous puissance de mari”. Le massacre de Lachine touche sa famille alors que le compagnon de jeu de sa fille Catherine y meurt. La vie continue et le trois septembre 1712, à soixante-trois ans, la Marichot feint sa crève et retourne à la terre en laissant soixante-dix livres à ses enfants.

Catherine, la Canadienne

À travers le récit de la vie de Catherine, fille de Françoués Dessureau et Marie Brouard, un autre côté du quotidien nous est décrit. Les parents du dimanche ne sont pas ceux de la semaine, ils ont tout leur temps. Les parents de la semaine voient l’utilité des choses, ceux du dimanche, leur magnificence.

Comme les jeunes filles du temps, elle travaille comme domestique et c’est chez Jean Baril dont la maison est sur le bord du fleuve, le chemin qui marche comme disent les indiens, qu’elle prend soin de la maisonnée et de sa femme malade. Au décès de celle-ci, elle épouse Jean Baril. Il a cinquante-huit ans, Catherine, vingt-neuf.

La journée du mariage, le prêtre bénit le lit conjugal ; il doit le faire avant le soir. Elle devient veuve en 1724. Le moulin à farine devient la semaine le centre des bavardages, le dimanche c’est l’église. En ce temps, l’année débutait le premier avril. C’est en 1654 que Charles IX la fait débuter au premier janvier. Nos ancêtres ont conservé l’habitude de festoyer le premier avril.

En 1721, un grand progrès : la poste à Québec, Trois-Rivières et Montréal. Le Chemin du Roi commence : “Chacun devra ouvrir un chemin de vingt-quatre pieds de largeur entre deux clôtures, essoucher ledit chemin, ôter les roches, abattre les buttes, remplir les vallons et faire les ponts nécessaires pour la commodité et la sûreté publique”.

Les travaux sont finis en 1735. “Bien des jeunes se sont tués à la tâche de bûcheron pour laquelle ils n’étaient pas charpentés. Souvent frêles de portement, ils n’avaient pas la résistance animale nécessaire à de tels travaux”.

Les femmes fument la pipe. Au tabac des hommes, elles ajoutent des feuilles de cornouiller pour l’adoucir. Les hommes meurent jeunes, ses fils aussi. Catherine chaule les croix alignées au cimetière avant de quitter sa maison pour aller vivre chez son fils Gervais à St-Pierre. C’est là qu’elle mourra à soixante-treize ans le deux août 1748.

Madeleine, la Fontanges

À travers le récit de la vie de Madeleine, fille de Françoués Dessureau et Marie Brouard, le lecteur voit le portrait de la “petite bourgeoisie”. Domestique chez Marguerite Legardeur de Tilly, elle se gagne vite les bonnes faveurs de sa patronne qui ira même jusqu’à organiser et payer son mariage avec Pierre Baribeau Beaupré.

La mère de celui-ci est accusée de sorcellerie et elle a dû quitter Québec après un procès. Heureusement, elle est disculpée par la suite. Bonne soigneuse, Madeleine, veille sur la dernière partie de la vie de sa mère Marie Brouard, de Michel Dallaux et Jean Boismené.

Née en 1680, elle meurt en 1748. Le regret de sa vie a été de ne pas savoir écrire comme son père pour léguer les faits importants de sa vie à ses enfants. Le nom de Fontanges vient d’une coiffure élaborée qu’elle portait à son mariage. Faite d’une armature de broche à laquelle étaient attachés les cheveux, elle n’a pas résisté au bain du soir à la rivière…

François, le Canadien

Il est embauché comme chanteur sur le canot parti de Batiscan pour se diriger vers Lachine et par la suite vers les Grands Lacs afin d’y apporter des marchandises et de rapporter des ballots de fourrure. Ce poste de chanteur confère à François une certaine admiration des engagés, car c’est un emploi plus haut dans la hiérarchie.

Suite au labeur, quelle joie de contempler les Chutes du Niagara ! Il décide de s’établir à Batiscan. La concession des terres s’officialise après une période de squattage alors que le colon passe chez le notaire. Lors du défrichage, les plus belles pièces de bois sont mises de côté pour la construction de la maison.

Il épouse Élisabeth Bertrand et le bébé déjà né sera de la noce (ils le surnomment “enfant de la tasserie”). À cette époque, il y a des esclaves en Nouvelle-France : Frontenac et monseigneur de Saint-Vallier en ont. La première chapelle à Ste-Geneviève est érigée et un édit de l’intendant Dupuy oblige les colons à bâtir un presbytère sous peine d’amende.

En 1732 sévit une sécheresse. On sort le dais et une procession s’engage dans les villages pour bénir les champs et les maisons. Comble de malheur, la procession est interrompue par une tornade. C’est l’occasion pour les habitants ayant des réserves de donner à leurs enfants une leçon de partage. Une épidémie de chenilles détruit les récoltes une autre année. Alors âgé de soixante-quinze ans, François demande le notaire Rouillard pour rédiger ses dernières volontés et il se prépare à aller rejoindre parents et amis déjà établis dans le royaume de Dieu.

Conclusion

Ce livre de René P. Dessureault, enseignant et directeur d’école de St-Tite, se lit vraiment comme un roman qu’il est. Émaillé d’anecdotes, c’est un grand plaisir de vivre le quotidien de ces “gens de la rivière”. Les références géographiques et historiques sont nombreuses et la bibliographie témoigne d’une recherche approfondie.

Claudette Boisvert
Club de lecture de la Bibliothèque municipale


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