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Chronique littéraire
  
par le Club de lecture de la Bibliothèque de La Tuque
  

Publié le 24/1/2011  -  Version imprimable

Le proscrit, de Sadie Jones

L’action débute en 1945 dans une petite localité près de Londres. Gilbert Aldridge revient de guerre après 4 ans d’absence. Il retrouve son épouse Élizabeth et son fils Lewis âgé de 7 ans.

La mère et le fils sont très liés. Lewis ne connaît pas vraiment ce père. La noyade de la mère (personne anti-conformiste) sous les yeux d’un Lewis impuissant, est l’élément déclencheur de tous les malheurs de cette famille.

À la suite de cette tragédie, Lewis, alors âgé de 10 ans, a bien de la difficulté à communiquer avec son père si peu présent et si peu démonstratif. Les rapports de Lewis avec ses ami(e)s et sa nouvelle belle-mère (fragile et sensible) deviennent tendus.
La fréquentation de la famille voisine, les Carmichael (dont le père est un batteur de femme et d’enfants, et pour qui les apparences doivent être sauvées en tout temps) vient augmenter la somme de ses problèmes (automutilation , boisson). Après une fugue à Londres, Lewis fait connaissance avec le milieu de la prostitution. Le retour chez son père sera assez difficile. Les confrontations s’amplifient avec ses ex-amis, son père et M. Carmichael. Mis à l’écart et sans cesse rabroué par tout un chacun, arrive le grand défoulement : Lewis met le feu à l’église. S’en suivent la prison et ses conséquences.

De retour chez lui après 2 ans 1/2, et bien que Lewis fasse de gros efforts pour faire plaisir à son père, il constate que l’hypocrisie et la futilité sont toujours présentes dans la mentalité des gens. Une chance qu’il a la lecture et une imagination débordante pour s’évader.
Malgré toute cette noirceur, Lewis découvre peu à peu un rayon de soleil dans la personne de Kit Carmichael, la petite voisine de 3 ans sa cadette qu’il protégeait lorsqu’elle était petite. La camaraderie qu’il partage avec elle se transformera en un sentiment plus profond. Kit sera la clef qui va permettre à Lewis de sortir de l’enfer qu’il vit depuis la mort de sa mère.
J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a tenue en haleine du début à la fin. Cette auteure a su faire un crescendo de l’action. Je me suis prise de sympathie pour ce Lewis qui passe d’une enfance très heureuse à une adolescence cauchemardesque où son père et sa belle-mère sont si peu au courant des besoins d’un enfant !

C’est un livre sombre ! Une chance qu’il y a deux moments remplis d’amour : un au début où Lewis et sa mère Élizabeth sont unis par un lien très tendre et le second, vers la fin où la relation entre Lewis et Kit se transforme en quelque chose de merveilleux.

Est-ce le fait que l’histoire se déroule à une période difficile de l’après-guerre (1945-1957), dans une petite localité près de Londres où les gens ont l’esprit borné ? Pourtant, combien de problèmes auraient été réglés si tout ce beau monde s’était parlé franchement !

Les moments qui m’ont le plus surprise : les livres lus par Lewis dont Anna Karenine de Tolstoï et Crime et Châtiment de Dostoïevski. Ce n’est pas commun à l’âge de 15 ans ! Kit, de 3 ans sa cadette, lit Anna Karenine à 12 ans ! Autre moment tout aussi surprenant, lorsqu’à 16 ans, Lewis fait une escapade à Londres où il fait connaissance avec une prostituée et son milieu ! Wow !

Les moments les plus enrageants : ceux où Lewis est stigmatisé par ses “amis” et par le détestable Dicky Carmichael.

Le moment le plus invraisemblable : quand Gilbert (le père de Lewis) va voir Dicky Carmichael pour que ce dernier trouve du travail à Lewis (qui sort de prison) alors qu’il sait très bien que Dicky déteste Lewis.

Le moment le plus libérateur : lorsqu’après avoir constaté que chacun vit dans son petit monde tordu et malsain, Lewis ose enfin affronter son père et lui dit : “Ça t’aurait fait mal d’avoir un peu foi en moi, rien qu’un peu ?”

Le moment le plus sublime : lorsque Kit dit à Lewis lors de leur escapade à Londres : “Tu te crois ténébreux parce que tu es cerné par les ténèbres, mais quand je te regarde, tu rayonnes. Tu es lumière !”

Voilà, dans ce roman, je suis passé par toute une gamme d’émotions. C’est ce que j’apprécie de cette catégorie de romans : être transportée dans un milieu différent du mien. Je pense que le métier de scénariste de l’auteure a bien servi son livre, car je “voyais” plusieurs scènes dans ma tête ! Bien qu’il y ait plusieurs passages bizarres, j’ai bien aimé la fin imprévisible et la note d’espoir qu’elle laisse entrevoir pour Lewis et Kit.

Ginette Scarpino
Club de lecture de la Bibliothèque municipale


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