Récit autobiographique, que j’aurais presque tendance à qualifier de chroniques d’outre-tombe tellement l’auteur revient de loin. Dans ce livre, celui-ci nous fait partager les pensées qui ont peuplé son esprit alors que, terrassé par une grave maladie, il fait un long séjour à l’hôpital. Il passe trois semaines dans le coma. Il en ressort et, telle une résurrection, commence un cheminement à la suite duquel il ne sera plus jamais le même.
En aucun moment le récit n’est larmoyant : jamais l’auteur ne s’apitoie sur son sort, et sa maladie n’y est jamais nommée. Ce livre se veut plutôt une ode à la vie. Sa famille omniprésente l’aidera à émerger de ce gouffre. L’importance du rôle de sa compagne est traduite par ces quelques mots : “Je ne croyais pas possible autant d’humanité dans un même cœur. À l’hôpital, le tien battait pour deux. J’étais occupé à mourir, puis j’entendais ton pas dans le corridor. J’ajournais mon trépas.”
C’est ce même ton tout en douceur, en subtilité, qu’il emploie pour décrire ses frères et sa sœur, les liens tricotés serré avec sa mère, celle qui lui a montré l’autre côté des choses, l’écoute de la nature et surtout, la capacité d’autodérision dont ses enfants ont hérité.
Écrit dans une langue magnifique, ce livre vaut autant par la forme que par le fond. Hymne au courage du cheminement dans le “voir clair”, l’auteur nous décrit le miracle de sa transformation. Ce livre, qu’il croyait trop personnel pour être publié, se révèle un miroir où chacun peut y trouver le reflet d’une partie de sa vie. Il le considère comme un exorcisme. Appréciant sa chance d’être écrivain, il l’exprime en ces termes : “Je remercie sans cesse l’espèce de hasard ordonné qui me fait devenir chaque jour un peu plus écrivain et me permet donc de recouvrir les choses de l’exact manteau des mots”.
Pour La fabrication de l’aube, son 11e livre, Jean-François Beauchemin a remporté le Prix des Libraires en 2007. Ce prix a pour mission de repérer de nouveaux talents et de souligner l’accomplissement des auteurs établis. Son livre a été remarqué pour son originalité et sa qualité littéraire.
Par Claudette Boisvert
Club de lecture de la Bibliothèque municipale de La Tuque