L. Bérubé - Un clochard est repêché dans la Seine près du pont Marie. On l’a violemment frappé à la tête avant de le jeter dans les eaux brouillées de la Seine. Le commissaire Jules Maigret connaît tous les quais, tous les ponts de Paris, il sait que les clochards y font leur nid. Mais ce qu’il sait davantage c’est que jamais on n’assassine un clochard. Ces vagabonds sont des êtres silencieux, aveugles aux méfaits d’autrui, sourds aux confessions impudiques et surtout scrupuleux dans leur jugement…
Les deux hommes qui ont repêché le clochard vivent avec leur famille, chacun sur leur péniche, Maigret recueille leur déposition et se fascine pour la vie de ces nomades du fleuve qui sont aussi, à leur manière, des marginaux.
Le vieillard surnommé le Toubib par ses acolytes est entre la vie et la mort à l’Hôtel Dieu de Paris. Qui est-il ? Pourquoi veut-on le tuer ? Qui pourrait en vouloir à ce pauvre hère ?
Maigret, comme à son habitude, plonge dans cette atmosphère glauque des gargotes, des quais ; refuges des laissés pour compte. Il s’interroge, rumine, se met dans la peau de… et creuse les personnalités des protagonistes.
Il découvrira qui est véritablement ce Toubib et pourquoi cet ex-médecin de brousse s’est réfugié dans la peau d’un indigent. Il cherchera à saisir les motivations secrètes et profondes de ces habitants de péniche qui font commerce sur les eaux troubles du fleuve. Sa connaissance intrinsèque de l’homme le conduira là où certains, dans leurs mystères, leurs soifs, leurs blessures font des choix tout à fait légitimes à leurs yeux, mais complètement absurdes pour d’autres.
Un polar climatique sans fil inextricable, sans fait emberlificoté, sans dilemme sophistiqué, mais saisissant de justesse par le soin de Simenon à construire des personnages tout à fait crédibles aux prises avec une réalité immatérielle et des motivations subconscientes comme moteur de fond. L’intrigue n’est que prétexte… parce que : “il n’existe que des innocents coupables, victimes de leurs pulsions”.
Sa femme disait de lui (Simenon) “il a de l’or dans la tête, il en détachait un lambeau de temps en temps pour en faire un roman”. Soixante-douze “Maigret” ce n’est pas rien !
Par Lynn Bérubé
Club de lecture de la Bibliothèque municipale de La Tuque