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Coalition Solidarité Santé

Chronique de la Coalition Solidarité Santé

par Jacques Benoit

Un printemps à domicile

Publié le 25 avril 2018


Rien de tel que le soleil pour faire sortir la marmotte en soi !

C’est ce que je me suis dit hier, alors que la température semblait enfin vouloir nous remonter le moral. C’est ainsi que je me suis retrouvé assis dehors, à prendre un peu de cette chaleur dont on s’est tous ennuyés.

Mon voisin est également sorti prendre sa part de chaleur. En me voyant, il s’est approché de la clôture. On ne s’était pas jasé beaucoup cet hiver : on déneigeait nos entrées à des moments différents, on était déphasé dans notre habituel moment d’échange.

Après les salutations d’usage, et les commentaires encouragés sur la fin de l’hiver, il m’a appris que la santé de sa femme s’était détériorée.

“Elle a la dégénérescence maculaire, sa vue a beaucoup baissé. Elle n’est plus capable de faire ses affaires toute seule dans la maison. Là, c’est moi qui fais à manger. Elle, elle me surveille, elle me dit quoi faire, moi, j’n’ai jamais fait ça. Des fois, ça goûte pas pareil”, dit-il en souriant, ajoutant comme pour s’encourager : “Ça fait changement !”.

Ses enfants viennent à tour de rôle, et apportent chaque fois des repas à réchauffer. “C’est bon, mais c’est toujours du réchauffé ! Moi, j’trouve que c’est pas pareil.”

Mes voisins ont 75 ans passés. Lui a eu des problèmes de santé il y a quelques années, il s’en est sorti, mais doit faire attention. C’est sa femme qui prenait soin de lui. Maintenant, c’est l’inverse : c’est à son tour à lui de prendre soin d’elle. En fait, il doit prendre soin d’elle et d’eux, parce que lui-même n’est pas tout à fait solide.

“C’t’hiver, on s’est résolu à demander de l’aide. On n’est plus jeune, jeune, mais on ne veut pas partir de la maison… pas encore, en tout cas. On pense qu’on est encore capable de rester chez nous. C’est juste que… ben, on a besoin d’un p’tit peu d’aide.”

Comme beaucoup de gens au Québec, mes voisins veulent continuer à vieillir à la maison, et ils le peuvent à condition qu’ils aient un peu d’aide, de soutien. Très souvent, ça commence par de l’aide à la vie domestique : le ménage, l’épicerie, les repas.

“Moi, je faisais le ménage à la place de ma femme. Elle a beau avoir la vue basse, elle trouvait que je tournais les coins ronds. Ça fait qu’on a appelé au CLSC pour avoir de l’aide. Ça a été un peu compliqué. Ce n’est plus comme avant. À c’t’heure, avec le CHISSSE (sic !), c’est ben plus gros, mais il y a moins de services. Y font plus ça, l’aide à domicile. Me semble qu’on avait eu du soutien pour ma mère, dans le temps. En tout cas, plus maintenant.”

Vous ne saviez pas que les services d’aide à domicile n’étaient plus fournis ? lui ai-je demandé.

“Ben non ! Tu sais, ces affaires-là, quand t’en as pas besoin, tu l’sais pas. C’est quand t’en as besoin que tu t’en rends compte. On les voit, à la TV, ils disent qu’ils font des investissements en services à domicile. Barrette, l’autre fois, y disait qu’il n’y avait jamais eu un autre gouvernement qui avait investi autant. C’est p’t’être vrai, mais en tout cas, moi, c’que je vois, c’est qu’il y a moins de services qu’avant !”

Je l’écoutais, et pour une fois, je n’avais pas à argumenter avec lui sur l’action du gouvernement : il le faisait tout seul.

J’aurais pu lui confirmer que ce ne sont plus seulement les services d’aide à la vie domestique qui ne sont plus assumés par les établissements de SSS : même ceux qui relèvent de la vie quotidienne, des soins à la personne, comme l’aide au bain, se vêtir, se nourrir, ne sont plus garantis. Les évaluations des besoins qui sont faites concordent plus avec les budgets disponibles qu’avec ce qui est requis par les personnes qui en ont besoin. Pour le reste, elles doivent se les payer. Si elles n’en ont pas les moyens, elles doivent pouvoir compter sur des proches aidant·e·s, majoritairement des femmes, ou alors s’en passer.

J’aurais pu lui dire aussi que selon les sources, il manque de deux à quatre milliards de dollars annuellement dans les soins et services à domicile. Alors, annoncer quelques dizaines de millions, dont huit millions pour l’achat de tablettes électroniques, ça peut donner l’impression qu’on aura droit à un excellent système de services sociaux et de soins de santé, mais ce n’est qu’une fois obligé d’avoir recours aux services qu’on s’apercevra qu’on en a moins qu’on croyait.

Mon voisin continua :

“Y nous ont référé à une petite compagnie. Y nous envoie une personne par semaine qui vient faire le ménage. C’est pas toujours la même, par exemple. Pis on paie à l’heure. Y peuvent faire toute sorte de choses. On a juste à demander, ils peuvent le faire, tant qu’on paie. En général, c’est 25 $ de l’heure. L’autre jour, fallait que j’aille à l’hôpital pour des tests. J’pouvais pas laisser ma femme toute seule, y sont venus pour la surveiller. 25 $ de l’heure. Ma femme, elle, ne voulait pas, elle disait qu’elle n’était pas un enfant, mais moi, j’n’étais pas tranquille. D’autant plus que quand tu vas à l’hôpital, tu sais jamais quand est-ce que tu vas passer.”

Il ajouta : “Ça fait que c’printemps, c’est là qu’on est rendu !”.

Si ça peut vous consoler, ai-je dit, il y a des élections qui s’en viennent, cherchant quelque chose pour le faire sourire.

Il baissa la tête.

“Ouais, des élections… C’te coup-citte, y’auront pas mon vote !…”.

Puis, comme pour se faire une raison, il ajouta en tournant les talons :

“En attendant, on va continuer de payer 25 $ de l’heure pis on va rester chez nous. On va dire comme c’te gars : on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard, hein ?…”

Je le regardais marcher lentement vers sa maison, et j’ai pensé que si nos gouvernements et le 1 % le plus riches de la société se disaient la même chose, “on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard”, peut-être qu’on aurait un meilleur partage de la richesse pour répondre aux besoins de nos aîné·e·s, et de toute la population.

Jacques Benoit

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