Le conteur Fred Pellerin présentait son spectacle “L’arracheuse de temps” au Complexe culturel le samedi 4 avril dernier. Devant une salle comble et gagnée d’avance, il a livré un message émouvant sur la vie, la mort et, par ricochet, sur l’importance de cueillir le jour présent.
Peu d’humoristes osent aborder un sujet si peu distrayant que la mort. Lui, il en fait le thème principal de son spectacle qui s’échelonne sur deux heures. Et le pari de jaser de choses sérieuses en se servant de l’humour, de la musique, et de réflexions apportées juste au bon moment, atteint sa cible. Les gens rient devant l’humour délirant de ce conteux, mais deviennent muets lorsque les choses se corsent et que la morale de l’histoire est révélée.
À titre d’exemple, il relate l’histoire de Toussaint Brodeur, le propriétaire repentant du magasin général. Après n’avoir vendu qu’une seule botte à l’un des enfants de la veuve Gélinas faute à ce dernier de ne pas avoir la somme complète pour acheter la paire, une série de circonstances le force à admettre son égoïsme et le transformera en bienfaiteur reconnu au sein du village de St-Élie de Caxton. Et Fred Pellerin de conclure cette page de son spectacle en disant que “ça prend tout un village pour faire grandir des enfants, et que ça prend des enfants pour faire grandir tout un village”. N’y a-t-il pas affirmation plus véridique ?
Une présence charismatique sur scène
À son entrée en scène, Fred Pellerin chante une chanson a cappella qui charme immédiatement son audience. Dès la dernière note, il entreprend de raconter sa première histoire avec sa verve légendaire, ponctuée de mots du terroir québécois, auxquels il ajoute quelques métaphores extirpées de son imaginaire débordant. À plusieurs reprises au cours du spectacle, on a pu entendre des gens reprenant à haute voix ces métaphores tant elles étaient inusitées et se gravaient dans la mémoire.
La présence sur scène de Fred Pellerin est totale et il sait maintenir l’attention du public. Il l’enveloppe de mots et de sons musicaux qui l’envoûtent, tout simplement. Car ce ne sont certainement pas les décors qui captent l’oeil, lui étant seul sur scène, ses instruments de musique et une chaise carrée étant ses seuls compagnons. Il décrit les contes et légendes de son coin de pays debout et les conclut assis en jouant une pièce musicale, soit à la guitare, à la mandoline, ou à l’harmonica. Le pouvoir des mots, la séduction de la gestuelle, le juste timbre de la voix : les atouts du conteur classique sont tous dans le jeu de Fred Pellerin.
Le spectacle se termine avec un extrait sonore de la voix de la grand-mère de Fred Pellerin qui raconte une partie de sa vie. Ensuite, celui-ci énumère les personnages qu’il nous a fait connaître tout au long de la soirée. Il cite les années de naissance et de décès, et au moment d’appeler le nom, une “étoile” s’allume en arrière-scène dans le firmament de la mémoire collective de St-Élie de Caxton. Ce beau moment tendre et empreint de sensibilité nous plonge au coeur même de l’âme du conteur et nous alerte que la vie est une goutte d’eau qui s’évapore rapidement à la lumière du temps. Carpe Diem.