C’est devant une foule d’un peu plus d’une centaine de personnes que la pièce “Le dîner de cons” a été jouée le vendredi 17 décembre dernier au Complexe culturel. Une pièce à l’humour mordant, voire grinçant, où le con s’est révélé un peu moins con que prévu.
Le résumé de la pièce est fort simple : chaque semaine, Pierre Brochant et ses amis organisent un dîner où un con est à l’honneur. Ce soir-là, Brochant a trouvé un con de classe mondiale, grand amateur de maquettes fabriquées avec des allumettes, du nom de François Pignon. Toutefois, un tour de rein annulera cette soirée et chamboulera dans des proportions insoupçonnées sa vie bourgeoise.
Grand classique du théâtre contemporain français, porté à l’écran en 1998 avec Thierry LHermitte et Jacques Villeret dans les rôles-titres, cette pièce est reprise avec aplomb par Le Théâtre Voix d’accès de Québec.
De nombreux quiproquos
Toute comédie est bien entendu basée sur les quiproquos. Celle-ci en recèle son lot, au grand plaisir de la foule. Je relève particulièrement la scène où François Pignon mélange la femme de Brochant pour sa maîtresse : dialogues corsés, gestuels expressifs, et la fierté du con d’avoir su si intuitivement éloigner cette maîtresse encombrante. Enfin, pense-t-il…
La pièce est bien rodée et repose sur une excellente coordination entre les acteurs. Ceux-ci sont au nombre de cinq, soit quatre hommes et une femme. Un des hommes et la femme jouent deux rôles chacun et les remplissent merveilleusement bien.
L’intelligence dans la connerie
Cette représentation théâtrale aura eu le privilège de présenter aux gens un humour intelligent, parsemé de petits bijoux de jeux de mots, agrémenté de métaphores surprenantes. Par exemple, alors que Pierre Brochant est affalé par terre, François Pignon s’exclame : “M. Brochant, vous avez l’air d’un cheval qui a manqué une haie !”. Inhabituelle comme métaphore, convenons-en, mais du même élan, tellement visuel !
Les dialogues sont parfois récités à la vitesse d’une volée de mitraillette, avec une précision incisive, atteignant coup sur coup sa cible. Le scénariste, Francis Veber, a accompli un travail remarquable dans la rédaction des textes. On ne s’ennuie jamais une seconde, et il nous procure une leçon de vie à travers ceux-ci. L’enseignement par l’humour demeurera toujours une tactique valide à qui sait aller au-delà du rire. Dans ce cas-ci, l’innocence enfantine du con triomphe des ruses bien ficelées du bourgeois.
Un moment fort de la pièce, à la toute fin de celle-ci, est l’appel téléphonique du con à la femme de Pierre Brochant, la persuadant de se réconcilier avec son mari, car sa repentance est légitime. Les arguments de François Pignon constituent l’unique bruit qui casse le silence dans la salle.
Si vous aimez l’humour de Francis Veber, et le personnage de François Pignon, je vous recommande fortement le film “La doublure”, réalisé en 2006. Une comédie basée sur le même principe que cette pièce, avec tout autant de mordant, d’humour intelligent et de leçons de vie.
© Alain Michaud, 2010