La carrière d’Édith Butler s’échelonne sur plus de 45 ans. Pour une dernière fois, elle fait la tournée de la province pour lever son verre en l’honneur de ses fidèles admirateurs. À La Tuque, cette ultime consommation s’est déroulée le 15 mai dernier devant un public qui avait soif de ses chansons.
Il est étonnant de voir jusqu’à quel point l’image d’Édith Butler a traversé les époques sans grande transformation. De mémoire, elle a toujours été rayonnante de gaieté lors de ses apparitions à la télévision, que ce soit en entrevue ou en spectacle. Il en a été de même lors de son passage ici. Souriante et ricaneuse tout au long de la soirée, elle s’est voulue complice avec la foule et y a fort bien réussi.
Le Complexe culturel accueille d’ailleurs régulièrement des artistes dont la route empruntée tient davantage de la route secondaire que de l’autoroute, c’est-à-dire dont la carrière a connu sa pointe de popularité il y a de cela une vingtaine d’années ou plus. On pense à Shawn Phillips, Nanette Workman, ou bien encore Michel Louvain. Cette constatation n’est pas péjorative, tant s’en faut. Plutôt, ces tournées permettent aux gens de générations précédentes de revoir une dernière fois un artiste découvert il y a plusieurs décennies. Avec un plaisir non dissimulé.
Un spectacle sans interruption
Édith Butler a offert aux spectateurs une prestation en continu où elle a interprété 18 chansons en tout près de deux heures. Elle était accompagnée d’une violoniste et d’un claviériste. Observation intéressante, la somme de leurs âges ne s’élevait pas à celle d’Édith Butler… Bref, deux jeunots très talentueux dont la native de Paquetteville s’est amusée à chatouiller lors de leur présentation.
Il va de soi que le répertoire servi durant la soirée possédait cette saveur tout acadienne. Elle nous a interprété entre autres “Au chant de l’alouette” qui, le saviez-vous, est d’origine acadienne, une des deux mille versions de “À la claire fontaine”, “Jambalaya” tout aussi épicée rythmiquement que le plat de cuisine cajun portant le même nom, et encore “Ma mère chantait toujours”, véritable hymne à la mémoire de sa mère. Mais la palme de la chanson feu de camp revient à “La perdriole”. Édith Butler s’est résolument amusée avec cette chanson à répondre, tel un pêcheur à la mouche qui taquine sa proie. Dans ce cas-ci, la proie a eu tout autant de plaisir à se faire taquiner…
De nature tendre ou empreinte d’un brin de douce folie, chaque chanson faisait l’objet d’une introduction qui la replaçait dans son contexte historique. À tout coup, le public savait précisément l’origine de chaque chanson et a pu l’affectionner d’autant. Édith Butler, s’est-elle révélée ainsi, est non seulement une interprète de grand talent qui extrait l’essence des paroles de chansons, mais également une conteuse hors pair qui sait pétrir les mots. Elle a jeté le fou rire dans la foule à plusieurs reprises, y allant d’anecdotes de sa jeunesse et de sa carrière.
Une dame honorée et honorable
Comme le veut la coutume au Complexe, l’artiste est invité à une séance de signature après le spectacle. Édith Butler s’y est prêtée rapidement et avec enthousiasme. Elle, qui a été la récipiendaire de plus de quinze honneurs au cours de sa vie professionnelle, allant de doctorats honoris causa à Officier de l’Ordre du Canada, est demeurée une femme proche du peuple. Ses sourires étaient sincères, ses dialogues avec les gens authentiques et les prises de photos n’ont jamais testé sa patience.
Et ce visage. J’en ai conclu que c’est la joie de vivre qui l’a sculpté. Et l’a ainsi épargné des ravages du temps. Un peu comme les rivages de son Acadie bien-aimée, qui refoule avec une résilience exemplaire les vagues de l’envahisseur britannique depuis sa naissance en 1604.