Cet auteur-compositeur-interprète de renommée internationale, pour qui une 65e branche s’est ajoutée à son arbre de vie le 3 février dernier, a livré le samedi 19 avril au Complexe culturel de La Tuque une prestation qui a tout simplement séduit les amateurs de musique folk.
Chaudement accueilli par les spectateurs, dont une bonne partie était constituée d’une base d’amateurs de longue date, Shawn Phillips, seul sur scène, a interprété ses grands succès, et certaines chansons tirées de son plus récent album “No category”. Les thèmes qui font l’objet de ses chansons n’ont pas changé depuis l’amorce de sa carrière il y a plus de quarante ans : poète romantique, il compose toujours d’aussi belles balades ; poète revendicateur, il compose toujours des odes dénonçant les inégalités sociales et l’irrévérencieux capitalisme sauvage.
Je pense par exemple à “Radio”, par laquelle il accuse les stations de radio de vendre leur âme à l’autel du profit, au détriment de la qualité et de la créativité artistiques, ou bien encore à “Devil’s highway”, inspirée du livre de Luis Alberto Urrea, et qui raconte la tentative d’une vingtaine de Mexicains de traverser la frontière vers les États-Unis pour trouver la prospérité.
Les textes des chansons étaient magistralement emballés avec des arrangements musicaux parfois simples, parfois extrêmement recherchés. Que la mélodie soit jouée par le jeu au doigt (finger picking), avec ou sans pic, ou bien par raclement (strumming), sa technique faisait l’objet d’une maîtrise absolue. Le public en a été quitte pour une démonstration extraordinaire d’une virtuosité que peu d’artistes ont atteinte.
Plusieurs personnes dans la salle ont renoué avec ce chanteur qu’ils connaissent et suivent depuis fort longtemps. Un coup d’œil rapide dans la salle suffisait à confirmer cette affirmation et le sentiment du plaisir renouvelé à revoir un vieil ami était palpable. Shawn Phillips était ce qu’il a toujours été : convivial, chaleureux, empruntant à quelques reprises un visage de gamin au regard espiègle, et conteur gai luron qui relate avec une joie évidente quelques anecdotes de sa carrière. Il a dialogué constamment avec le public tout au long du spectacle. On se doutera bien qu’il a emprunté plus de mots à la langue de Shakespeare qu’à celle de Molière, mais il a su rendre les gens captifs de chacune de ses paroles.
Il nous a servi à la toute fin de la soirée un medley de quelques chansons de son album auquel il est le plus identifié, soit “Second contribution”. Il a introduit cette séquence en interprétant l’adagio du “Concierto de Aranjuez” de Joaquin Rodrigo, qu’il a joué sur une guitare électrique à deux manches ! Avouez que peu de gens ont l’occasion d’entendre une pièce classique pour guitare d’une telle manière…
Shawn Phillips a su rendre cette soirée mémorable et a prouvé envers et contre tous que la retraite peut attendre encore quelques autres branches.
À tous ceux et celles qui désirent en savoir davantage sur ce musicien hors pair, vous pouvez visiter son site Web au www.shawnphillips.com.
© Alain Michaud, 2008