C’est samedi dernier à l’occasion de la Saint-Valentin qu’était présentée au Complexe culturel la pièce intitulée “Théâtre extrême” par la troupe du Théâtre du Vaisseau d’Or. Une centaine d’amoureux de… la politique s’étaient donné rendez-vous pour l’occasion afin d’élire le nouveau chef du Parti Populaire du Québec (PPQ).
La pièce s’est voulue avant tout une joute interactive où les spectateurs, membres en règle du PPQ pour les besoins de la cause, devaient éliminer sept candidats et candidates pour se ranger du côté de celui ou celle qui les dirigerait lors des prochaines élections provinciales (de grâce pas en 2009 ; le bon peuple a été atteint l’an dernier d’une électionite aiguë…).
D’entrée de jeu, la course a pris son envol avec l’introduction des candidats. Une courte période de temps leur était accordée afin qu’ils puissent se présenter aux membres et énoncer les causes qui leur tenaient à cœur.
Des simulations pour mieux choisir
C’est à la suite de ces présentations que le maître de cérémonie, l’inénarrable organisateur du congrès à la chefferie lui-même, avec sa loquacité toute scénique et son sourire folâtre, nous entraîne vers un parcours échelonné de sept simulations. Après chacune de celles-ci se tiendra un tour de scrutin visant à éliminer un candidat. Il faudra sept tours et trois heures pour que l’ultime victorieux soit connu.
Les simulations sont variées, mais représentent efficacement la diversité (sinon la perversité…) du monde politique. Que ce soit la conquête des votes par l’usage du vocabulaire politiquement correct, les recherches d’alliances lors de coquetels dînatoires, les débats à l’Assemblée nationale, la manipulation des médias, l’intrusion dans la vie privée, ou bien encore les questions du public, chaque simulation nous présentait la vie politique de façon crue, dénuée de toute ostentation et parfois même, de dignité.
Une caricature dans les moindres traits
La pièce possède cette qualité de refléter le monde politique dans ses moindres détails et avec force de persuasion. Les comédiens savent transposer avec précision le texte et les idées de l’auteur Jean-Guy Legault. Ce dernier nous amène à visiter le jardin secret de politiciens en herbe qui, selon ma conclusion, se nourrit de plusieurs couches de compost…
Les spectateurs, quant à eux, ont pris un immense plaisir au jeu interactif. Cette idée de faire participer le public est géniale et l’introduit à la face cachée de la politique. Tout comme Molière qui, à son époque, se moquait entre autres des entourloupettes des médecins et de la bourgeoisie, Legault a pris pour cible les politiciens véreux au mot flatteur, qui gèrent leur image comme si elle était une marque de commerce. Et la cible est atteinte, croyez-moi.
Les comédiens ont joué à la hauteur des attentes et le public a su l’apprécier à sa juste valeur. Bien que la pièce n’ait généré aucun grand éclat de rire généralisé, l’humour mordant a porté son effet. Certes, un seul candidat a été élu chef par le public ; par contre, ce même public a plébiscité tous les comédiens à l’aide d’un vote de confiance se situant à 100 %.
Et le nouveau chef ?
Ah oui, et à propos, le nouveau chef qui guidera ses brebis à l’abattoir électoral est une femme, du nom de Marie-Lou Bujold, issue de l’aile jeunesse du Parti. Attendez… ce scénario n’a-t-il pas un air de déjà vu ? Oui, oui, c’est vrai : le dernier à l’avoir écrit se nommait Mario Dumont. Et lorsque l’on sait que “Super Mario” s’est vu refuser son dernier chapitre par les “éditeurs” du Québec, on ne peut que souhaiter bonne chance à Marie-Lou.