Ce sont une soixantaine de personnes qui ont assisté le 24 avril dernier à la pièce en un acte “Trains fantômes” présentée au Complexe culturel de La Tuque. Un public que les monologues de Frédéric Blanchette et la musique d’Aymar ont su conquérir et captiver.
Par leur jeu intimement lié, ils parviennent à initier le public à cet univers tout particulier du rail et de ses travailleurs, et à traduire par des mots simples mais percutants, les émotions de ceux que le destin a dirigé vers ce métier. Plus précisément, c’est la vie d’un vieux cheminot qui s’apprête à entrer dans le “territoire des ombres” qui est retracée devant nous.
Bien qu’il ait savouré et réussi cette vie professionnelle, ce n’est toutefois pas le cas de sa vie personnelle avec l’un de ses enfants. Danny Gagnon, le fils rebelle, le bum de la famille, se retrouve au chevet de ce père qui se meurt. Leur triste relation n’a été qu’une longue suite ininterrompue d’engueulades et de silences. Peuvent-ils changer de voie après tant de kilomètres d’errance? Les deux comédiens, en alternant tour à tour monologues et chansons, nous conduiront progressivement, minutieusement, à la reconquête d’un lien filial perdu.
Ce sont les histoires qui uniront ces deux générations. Dans un premier temps, le fils évoque les histoires que le père racontait à ses enfants autour de la table et comment, par ses mots évocateurs et intrigants, il leur faisait partager son univers ; dans un second temps, au fur et à mesure que son père s’enlise vers une mort de plus en plus imminente, il lui raconte des histoires qui se bousculent hors de sa bouche et qu’il s’étonne lui-même de connaître.
Frédéric Blanchette s’impose physiquement dans ce rôle qui lui va comme un gant. Ses expressions et sa gestuelle sont toujours justes, et ne sombrent jamais dans l’exagération. Le texte lui donne l’occasion entre autres de verbaliser la colère (quelques nominatifs liturgiques parsèment le texte…), la résignation ("Un mort en sursis que l’on sait qu’il va mourir, c’est comme les lumières de queue d’un train qui s’éloigne"), et la nostalgie ("Conduire un train, c’est comme être à cheval sans selle sur un dinosaure de 12 000 tonnes"). Originalement écrite en anglais, et magnifiquement traduite en français, la pièce est ponctuée à maintes reprises de ces allégories tout à fait savoureuses.
Aymar, quant à lui, a dépeint en chansons les monologues que récitait Frédéric Blanchette. Il n’a chanté qu’en anglais, avec sa voix aux accents folk et country, mais force est de constater qu’il a réussi le pari d’exprimer des sentiments universels à sa façon et de manière convaincante.
Les deux personnages ont oeuvré sur une scène meublée d’objets hétéroclites, dont un train miniature qui faisait office de bar ambulant. Un fauteuil rouge, placé au beau milieu de l’endroit, est resté libre toute la soirée. Les autres objets (patins, canne à pêche, radio, valises, bouteille à réchaud, une toile, etc.), représentaient les objets accumulés durant l’humble existence d’un cheminot. Frédéric Blanchette s’est déplacé parmi ceux-ci avec aisance, utilisant ainsi tout l’espace scénique. À l’opposé, Aymar n’a bougé que très peu : il est demeuré essentiellement en retrait durant l’heure et demie qu’a duré la représentation.
La pièce était présentée en formule cabaret et le public, profitant de cette proximité avec les comédiens, a été un témoin privilégié de l’excellence de leur interprétation. Sans l’ombre d’un doute, ce train qui s’est arrêté à La Tuque a recueilli de nombreux passagers satisfaits.
Bonjour Monsieur Michaud,
Merci de nous avoir transféré cette très belle critique qui m’a fait très chaud au coeur. Nous n’avons reçu aucune critique des régions. Je la rajoute à notre dossier de presse. Merci d’avoir pris le temps d’écrire ces commentaires et faire savoir aux autres ce qu’ils ont raté ! J’espère revenir dans votre région avec un autre spectacle. Les comédiens ont beaucoup aimé y être.
Merci !
André Perrier
Directeur artistique et metteur en scène