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Culture   
Chronique culturelle
par Alain Michaud

Publié le 21/4/2009  -  Version imprimable

Pièce de théâtre “Chroniques du dépanneur” au Complexe culturel

Les mots qui éveillent les sens

Quels sont les souvenirs de vos huit ans ? Une combinaison de petits bonheurs et de petits malheurs ? Se replonger dans sa jeunesse est un exercice qui peut s’avérer périlleux pour certains, mais nullement pour Martin Boisclair qui répand en solo, durant environ 70 minutes, son âme sur scène. L’année de ses huit ans y est relatée en détails, lesquels sont appuyés tantôt par un visage expressif, tantôt par un déplacement bien synchronisé, le tout livré sans micro dans une diction impeccable.

Comme l’indique le titre de la pièce, beaucoup de souvenirs de cette autofiction prennent place dans le dépanneur juxtaposé à la maison familiale. Des pompes à essence viennent compléter le portrait physique des lieux. Comme il le dit si bien, “ma maison, c’est un dépanneur, et le dépanneur, c’est ma maison”. On y fait la connaissance de plusieurs clients de ce commerce, chacun ayant sa personnalité propre comme on est en droit de s’y attendre.

Les premières anecdotes de la pièce se situent dans le dépanneur même : la réception et l’étalage de la marchandise, les habitudes des clients, le repas à la sauvette du père qui doit rapidement retourner à la caisse, etc. Ainsi donc, Martin Boisclair nous initie progressivement à la vie mouvementée et continue d’une famille opérant un dépanneur et les faits marquants qui s’y déroulent sous les yeux d’un enfant.

Une vie au-delà du dépanneur

Sauf que l’acteur ne se concentre pas uniquement aux événements survenant à cet endroit. Il digresse pour raconter divers épisodes de sa propre vie, ou d’autres qui touchent tout le village. Le service funèbre de M. Smith, l’arrivée de tante Hortense, la démolition de la gare, la dégustation de son premier “Banana Split” ou bien le défilé de la Saint-Jean Baptiste, sont tous sujet à anecdotes. Le texte et l’interprétation rendent justice aux croyances et à la mentalité d’un enfant de huit ans.

Les sens mis à contribution

La caractéristique fondamentale que je retiens de cette pièce est le choix judicieux des mots sélectionnés pour composer le texte final. Martin Boisclair, l’auteur et l’interprète, nous fait entrer dans son univers, non seulement par la similitude des expériences que l’on a pu vivre dans notre propre jeunesse, mais par la stimulation de notre imaginaire en faisant appel à trois sens précis. Ainsi, par ses descriptions, on “entend” le son de la cloche reliée à la porte du dépanneur, on “sent” l’odeur de l’essence, et on “voit” la caverne d’Ali Baba que constitue l’étalage des produits retrouvés dans ce magasin. L’ouïe est également sollicitée de temps à autre par l’entremise d’effets sonores, ce qui rend le récit d’autant plus savoureux.

Les effets visuels, encore moins nombreux, sont constitués d’une scène munie d’un immense escalier (désigné entre autres pour illustrer la descente vers la cave du dépanneur) et d’une multitude de boîtes de carton. D’ailleurs, celles-ci, érigées en mur, servent d’écran de projection à quelques reprises durant la soirée.

Une finale symbolique

La pièce se termine sur le décès du père de l’enfant alors qu’il oeuvre à creuser un trou dans la cave du dépanneur. Une fin un peu abrupte, bien que peut-être anticipée, considérant que périodiquement durant la soirée, le fils faisait allusion à son père qui s’évertuait à cette tâche.

Selon les propos rédigés dans le dépliant remis au public avant la représentation par Émilie Gauvin, qui signe la mise en scène, descendre dans les caves de nos dépanneurs intérieurs nous permet de constater le chemin parcouru. C’est là peut-être une invitation à vider notre intérieur des choses vaines qui se sont accumulées au fil des ans, afin de mieux le remplir de gestes et d’actions qui nous font véritablement vivre.

Enfin, petite anecdote de mon cru qui s’est déroulée une dizaine de minutes après la fin du spectacle : Martin Boisclair est venu faire un brin de jasette, de table en table s’il-vous-plaît, avec les gens qui n’avaient pas encore quitté la salle. Une initiative rafraîchissante, unique, charmante et on ne peut plus personnelle. Ce qui raffermit ma conviction que quitter parmi les derniers nous réserve parfois de très belles surprises. Et celle-ci compte parmi les plus belles et les plus chaleureuses que j’ai vécu. Bravo Martin Boisclair.

    © Alain Michaud, 2009

J’ai beaucoup aimé votre commentaire sur Martin Boisclair… Oui, il est fantastique ! Auriez-vous un commentaire sur Melissa Pash, chanteuse et auteure-compositrice, je crois. Merci !

Bien à vous !

Denise

Commentaire de Denise St-Laurent le 28/4/2009 à 08h29, Ontario
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