La légende montréalaise du jazz était de passage à La Tuque le samedi 7 novembre dernier pour un ultime concert après quelques six mois sur la route. Une prestation tout à fait succulente, empreinte d’humour et de nostalgie.
Âgé de plus de 70 ans, Oliver Jones a joué avec énergie pendant plus de 90 minutes. Une pause bien méritée a scindé le spectacle à mi-parcours. Enfin… la notion de pause est toute relative dans le cas d’Oliver Jones. Durant la vingtaine de minutes de temps d’arrêt, lui et ses deux acolytes sur scène, le contrebassiste Éric Lagacé et Jim Doxas à la batterie, ont signé des autographes dans la salle Hydro-Québec !
Et pourtant, la première partie s’était déroulée à un rythme soutenu. Le trio avait démarré le spectacle en lion, Éric Lagacé et Jim Doxas nous livrant chacun un solo bien rodé dès le premier numéro ! Ces performances étaient présages d’autres à venir, et le public a été servi à souhait de ces envolées musicales individuelles à plusieurs reprises durant la soirée. Oliver Jones a vanté à maintes occasions le talent exceptionnel de ses deux musiciens, et ceux-ci lui ont fourni plein de munitions pour justifier ses dires.
Classe et humour à revendre
Outre son indéniable talent de pianiste, le public a découvert chez Oliver Jones un penchant pour l’humour. Il a dialogué régulièrement avec la foule, taquinant au passage tant Jim Doxas sur son âge par exemple (début de la trentaine), qu’Éric Lagacé sur ses revenus de musicien. Cet humour n’a cependant jamais empêché le partage de moments plus tendres et nostalgiques, notamment durant la présentation d’une pièce écrite par son grand ami, le pianiste Oscar Peterson, intitulée Hymn to freedom (Hymne à la liberté).
Oliver Jones avait préparé une belle surprise à la foule. Il avait mis à sa disposition durant l’entracte, une boîte à suggestions. Tout un chacun pouvait ainsi écrire sa demande spéciale. Au retour de l’entracte, le trio a dépouillé les suggestions et en a interprété plusieurs. Certains morceaux sélectionnés n’avaient pas été joués par Oliver Jones depuis plus de vingt ans et ça n’a jamais paru ! De Hello Dolly à Take five, en passant par Bozo (Félix Leclerc en version jazz, ce n’est pas du tout vilain), toutes les pièces ont ravi les spectateurs. Un beau moment.
Les quelques trois cents personnes qui se sont déplacées pour entendre Oliver Jones ne l’ont pas regretté. Certains se sont rendus sur place pour l’amour du jazz, d’autres tout simplement attirés par le nom du pianiste. Unanimement toutefois, tous, jeunes (et il y en avait plusieurs) et moins jeunes, ont été séduits par le jeu du virtuose et la démonstration du talent extraordinaire des deux musiciens qui l’accompagnaient. Bref, un délice d’automne que l’ouïe a dégusté avec pure délectation.