La 10e saison du Complexe culturel a démarré sur des chapeaux de roues mercredi soir dernier alors qu’était présenté le nouveau “Big Bazar”, plus de 35 ans après sa création. Enthousiasme délirant, dynamisme constant, sourires radieux, bref une tempête musicale comme on en voit rarement à La Tuque.
En préambule au spectacle, une cérémonie protocolaire avait été tenue où l’on avait, entre autres, dévoilé sur la façade du Complexe de quatre banderoles réalisées par l’artiste peintre latuquoise Francine Bouchard. Celles-ci représentent la musique, le théâtre, la danse et le cinéma.
L’histoire de Petithomme
Le Big Bazar raconte la vie de “Petithomme”, de sa naissance (il apparaît en carrosse sur la scène !) jusqu’à l’âge adulte. Chaque étape importante de sa vie, de l’école à ses premiers amours en passant par son service militaire, est décrite en chanson et musique avec un message nettement de gauche (la troupe a tout de même été mise sur pied en 1972, soit quatre ans après les événements de Mai 68), et l’on distingue très nettement cette poursuite d’égalité et de fraternité tout au long du spectacle.
Les paroliers auraient pu tomber facilement dans le piège du moralisme facile, voire factice. Or, il n’en est rien. On sent une authenticité redoutable à cette poésie mise en musique, où le mot juste trouve sa place aisément pour assurer une fluidité limpide et sans obstacle au message. Ce dernier, d’une irréfutable vérité, se révèle toujours et plus que jamais d’actualité aujourd’hui.
Comme on pouvait s’y attendre, ce spectacle à l’origine diffusé dans les années ’70 a attiré plusieurs baby-boomers. Ils formaient la majeure partie de la foule, trop peu nombreuse à mon goût pour un spectacle de cette envergure. N’empêche, tous présents se sont régalés à souhait. Les premières notes des chansons les plus connues se noyaient sous les applaudissements des spectateurs. Car il faut dire que Michel Fugain et sa troupe ont mis au monde plusieurs classiques de la chanson française : “Fais comme l’oiseau”, “La fête”, “Une belle histoire”, “Bravo, monsieur le monde”, etc.
Une scène dénudée et aucun changement de costumes
L’étonnement m’a gagné tout au long du spectacle de constater le minimalisme du décor. Le seul objet qui demeure en vue durant toute la soirée est l’escalier formé de six caissons, tout au fond de la scène. Néanmoins, chaque chanson apporte son lot d’accessoires, chacun bien pensé et bien utilisé. Les spectateurs voient défiler tour à tour des bancs d’école, une table de festin, ou bien encore une immense chaise qui tient lieu de repaire à Petithomme.
Les costumes ont bien fait rire et jaser. Se rappelle-t-on de la mode des années ’70? Si la réponse est négative, disons que le Big Bazar se charge de raviver nos souvenirs. Pantalons éléphants, bas colorés, bonnet français, chemises aux motifs à étourdir les yeux, et plus encore. Et nul changement de costumes de la soirée : chaque comédien conserve le même du début à la fin.
Il faut honorer le talent de chaque membre de cette troupe. Tous sont comédiens, chanteurs et danseurs, et tous remplissent ces rôles admirablement bien. Les harmonies sont impeccables, les interprétations solos laissent s’exprimer de magnifiques voix, et les chorégraphies incarnent le vif du sujet de chaque chanson.
Ce spectacle est une véritable réussite sur toute la ligne. Pour boucler la boucle, il conclut avec l’interprétation énergique de “La fête”, pour clore avec la chanson phare “Tout va changer demain”, acte de foi humaniste qui abolit les frontières du scepticisme universel.
© Alain Michaud, 2010