C’est dans un univers délirant et imaginatif à souhait qu’André Sauvé nous a fait pénétrer les 25, 26 et 27 septembre derniers dans le cadre de son premier one-man show. Un spectacle en rodage fort bien accueilli et très réussi.
Ayant pour seul décor une porte gigantesque, un tabouret géant et une fenêtre immense (à la fonction d’écran de projection), il a partagé les angoisses de ses personnages, défini sa philosophie de la vie, et salué d’un clin d’oeil un monument de l’humour au Québec.
En introduction, tout en verve brillante et subtile, il a prononcé un plaidoyer en faveur de l’esprit libre que nous possédons tous, mais que les circonstances de la vie ou l’esclavage de notre propre personnalité nous fait ensevelir au plus profond de nous-mêmes. Tout ce temps, André Sauvé se déplace aisément sur scène et maintient un contact visuel périphérique efficace avec son public. Les yeux sont très expressifs et le visage sait se métamorphoser en masques temporaires pour donner plus de poids à ses arguments.
Le Shéhérazade se manifeste lors du deuxième numéro. En effet, tout comme le personnage fictif des “Contes des mille et une nuits”, André Sauvé s’aventure à conter une histoire à l’intérieur de l’histoire qu’il est en train de raconter. C’est ainsi lorsqu’il énumère les cinq règles de base que tout collectionneur doit suivre pour être digne de ce nom, il nous entraîne dans une digression des plus loufoques sur le métier d’hôtesse de l’air.
Tel que mentionné plus tôt, la fenêtre sur scène est utilisée comme écran. Elle crée une pause entre certaines phases du spectacle et, dans un cas bien précis, introduit un numéro interactif avec le public. Ce numéro est mon préféré, car il réunit tout à la fois parodie et cri d’alarme contre les duperies qui envahissent notre société en quête de bonheur. André Sauvé personnifie un gourou qui propose le “Chair lifting”, c’est-à-dire une méthode pour se lever de chaise qui élimine comme par magie le stress de notre vie. La partie vidéo nous présente le témoignage de gens pour qui cette méthode est tout à fait révolutionnaire. Parmi ceux-ci, il y a des gens ordinaires, mais nous retrouvons aussi Pierre Légaré, Claude Meunier, Marc Labrèche, Christianne Charrette et Yvon Deschamps, entre autres, qu’André Sauvé a réussi à recruter dans sa douce folie. Un numéro désaxant où est tendu un miroir à la société pour qu’elle se regarde sans pudeur. Lorsque la vidéo se termine, il apparaît dans la peau de ce gourou, et initie quelques spectateurs aux bienfaits délivrant de cette méthode, mettant fin par le fait même à la première partie du spectacle.
La seconde partie nous révélera un André Sauvé labourant la terre de l’absurde avec une finesse cérébrale déséquilibrante par moments, répandant dans son sillon jeux de mots et observations perspicaces du comportement humain. À ces aspects s’ajoute de multiples acrobaties physiques dans le numéro où il définit sa philosophie de la vie en changeant constamment de position sur un sofa rouge. Une combinaison paroles et mouvements tout à fait originale.
Son avant-dernier numéro, qui véhicule les péripéties périlleuses d’un angoissé dans un supermarché, se veut une autre opportunité pour André Sauvé de se glisser dans la peau de Shérérazade. Avec tout autant de succès qu’à la première occurence. Un numéro dans son ensemble qui, au demeurant, a plu énormément au public.
Pour conclure la soirée, l’humoriste nous a décliné en plusieurs versions la première strophe du poème d’Émile Nelligan “Soir d’hiver” (Ah ! Comme la neige a neigé, ma vitre est un jardin de givre…), chacune interprétée par un personnage différent. Parmi la dizaine qui se sont succédés, les plus mémorables sont certainement l’iman (on l’imagine à l’heure de la prière), l’aveugle (il lisait en braille…), l’habitant du Lac Saint-Jean (avec tout l’accent et le franc-parler de cette région), le lecteur rapide (avec chronomètre en main), et… Hitler (dans un “frallemand” dont le dictionnaire n’a pas encore été rédigé…).
En rappel, André Sauvé a lancé un clin d’oeil à l’endroit d’Yvon Deschamps en récitant une partie de son monologue intitulé “Le bonheur”. Thème on ne peut plus pertinent à ces soirées en terre latuquoise pour cet humoriste, car il aura semé plusieurs p’tits bonheurs au public qu’il a su charmer.