C’est à l’occasion de la journée internationale de la femme le mardi 8 mars dernier, qu’avait choisi le Complexe culturel pour livrer le spectacle “La chanson québécoise se raconte et se chante”, conçu et rédigé par Mme Patricia Powers. Celle-ci a reconstitué notre arbre généalogique musical qu’elle nous présente de façon méthodique et chronologique.
La troupe assemblée pour cette revue était composée des interprètes Fabiola Toupin et Céline Faucher, de la narratrice Patricia Powers, et du groupe “Trop loin d’Irlande”. Ce dernier rassemble Gilles Hamelin au piano, qui assure également la direction musicale du spectacle, Isabelle Lefebvre au violon et aux voix, et Philip Powers à la guitare, à la contrebasse et aux voix.
Le voyage dans le temps peint sept tableaux composés de vignettes représentatives des époques observées. On débute avec la musique de la Nouvelle-France, qui progresse à la chanson canadienne-française, pour aboutir à la chanson québécoise.
Une découverte et une redécouverte pour tous
Il va de soi que dès le moment où l’on pose le pied dans l’Histoire, il y a un choc des générations qui peut être positif ou négatif. Dans le cas qui nous interpelle, il fut très positif.
À chaque génération son sourire nostalgique : aux plus anciens, une chanson de la Bolduc ou d’Alys Robi ; aux quelque peu plus jeunes, mais grisonnants, se rappeler Gilles Vigneault ou le Soldat Lebrun ; la génération hippie qui se régale de Robert Charlebois alors que la dernière vague amène Pierre Lapointe et les Cowboys fringants dans son sillage.
Indiscutablement, la sélection du répertoire a dû être cruelle. Tant de merveilleuses chansons en 400 ans ! Lesquelles retenir ? Dans le but de partager cette richesse, Mme Powers emprunte majoritairement la formule du pot-pourri. Couteau à deux tranchants s’il en est un, la formule fonctionne toutefois très bien. Mais, et fort heureusement, certaines chansons dont l’impact historique est indéniable sont interprétées dans leur intégralité.
C’est le cas entre autres de “La feuille d’érable”, une chanson folklorique des cahiers de la Bonne Chanson de l’abbé Gadbois dans les années 30-40, “L’adieu au soldat” du Soldat Lebrun (un méga-succès durant la Seconde Guerre mondiale), ou bien encore l’inoubliable “Quand les gens vivront d’amour” de Raymond Lévesque.
Une histoire musicale, mais aussi politique et sociale
Le ton du spectacle est résolument nationaliste. La sélection de “Les gens de mon pays” de Gilles Vigneault comme chanson d’introduction n’est pas le fruit du hasard. C’est le pays du Québec qui est célébré en long et en large durant la soirée.
À ce chapitre, Mme Powers réussit très bien à mettre les chansons dans leurs contextes politique et social. Elle en relate les faits saillants et en indique leur influence sur la chanson d’ici.
Quoi de plus éloquent à ce propos que le passage à vide d’une partie des années 80. En effet, la décennie précédente avait été une période d’effervescence faste, voyant l’éclosion d’une période intensément productive et historique (Harmonium, Beau Dommage, les Séguins, Octobre, le spectacle “Une fois cinq” de la St-Jean en 1976 sur le mont Royal, etc. Alors, quand on constate que la comédie “Pied de poule” a marqué les années 80, il y a eu comme qui dirait une légère descente aux enfers…
Une troupe à la hauteur de l’Histoire
Le choix des membres de la troupe s’avère judicieux. Les gens de La Tuque connaissaient déjà l’excellence du trio “Trop loin d’Irlande” puisqu’il s’est produit à maintes reprises dans le Haut St-Maurice. Faut-il rappeler que son pianiste, Gilles Hamelin, est Latuquois d’origine ? Pour ce spectacle, le groupe a démontré sa polyvalence en étant persuasif lors de l’interprétation musicale de chaque époque.
Quant à Fabiola Toupin et Céline Faucher, elles ont été remarquables. La première, toute théâtrale et gracieuse, et la seconde, tout en intensité dans une personnalité plus réservée. Elles ont chanté tant en duo qu’en solo, et les harmonies étaient étincelantes. Elles ont fait honneur aux 400 ans d’Histoire qu’elles devaient représenter.
Un clin d’oeil à nos cousins acadiens a été lancé à la fin du spectacle. Bien entendu, la chanson “Évangéline”, héroïne du poème épique écrit par Henry Wadsworth Longfellow en 1847 et mis en chanson par Michel Conte en 1971, mais popularisé de façon fulgurante en 2006 par Annie Blanchard, a été reçue avec un accueil extrêmement chaleureux.
Bien qu’une découverte pour plusieurs mardi dernier, ce spectacle est loin d’en être à ses premières armes. Il a en effet été présenté pour la première fois le 8 août 2008, en ouverture du Festival Beaumont du Québec dans la région du Limousin en France.
Il aura fallu attendre quelque deux ans et demi avant que les Latuquois et Latuquoises puissent voir ce spectacle, mais l’attente en valait la peine.
Une soirée où des trésors insoupçonnés ont été découverts, Mme Powers faisant office d’anthropologue et d’archéologue, donnant lieu à tout un catalogue !
© Alain Michaud, 2011