En levée de rideau, Jérôme Charlebois, le fils du célèbre et original Garou, nous prépare à ce retour dans le temps avec quelques chansons de son cru, seul sur scène avec sa guitare. Avant de céder sa place aux “dinosaures”, il chante “La Boulay”, chanson mythique de l’époque qui dispose habilement l’échiquier sur lequel les chansonniers prendront place bientôt.
Le premier à se présenter est Jean-Guy Moreau. Avec une imitation parfaite de René Lévesque dans son rôle d’animateur à l’émission “Point de mire”, il replonge instantanément la foule aux débuts des années 60. L’imitateur retournera ensuite en coulisse pour laisser les honneurs à Claude Gauthier, qui introduira à son tour le contrebassiste Michel Donato et le guitariste Michel Robidoux qui accompagneront les chansonniers tout au long de la soirée.
Claude Gauthier sera remplacé à son tour par Pierre Calvé. Le dernier à se présenter à la foule, Pierre Létourneau, conclura les présentations individuelles de la troupe.
Une odyssée féerique
Chacun y est allé d’interprétations de ses grands succès. Que ce soit Pierre Létourneau avec “Tous les jours de la semaine”, Claude Gauthier et le toujours poignant “Le plus beau voyage” ou bien encore Pierre Calvé avec “Quand les bateaux s’en vont”, chacun a su nous faire revivre avec intensité, allégresse et nostalgie, cette période inoubliable de l’histoire musicale québécoise.
Ils ont lancé un clin d’oeil aux grandes interprètes féminines de l’époque, soit les Monique Leyrac, Lucille Dumont, Isabelle Pierre, Pauline Julien et autres, en chantant leurs plus grands succès. Quant à Jean-Guy Moreau, il nous aura fait entendre par le biais de ses imitations les grandes voix d’ici et de France : Raymond Lévesque, Charles Aznavour, Jacques Brel, Jean-Pierre Ferland, etc. Tous des bonbons savoureux enrobés d’humour léger.
Le décor sobre se prêtait bien à ce spectacle. Quelques chandelles disposées çà et là, une paire de babiches, un vieux coffre et une ancienne affiche de la Butte à Mathieu composaient la scène. Ce spectacle acoustique a mis en vedette la voix et les guitares des artistes, nul des deux n’ayant perdu de son timbre ou de son jeu au fil des ans. Tout de même impressionnant lorsque l’on sait que la majorité d’entre eux viennent de tourner le dos à la soixantaine (le seul récalcitrant est Jean-Guy Moreau).
Pour clôturer la soirée, ils ont rendu hommage à Félix Leclerc en chantant à l’unisson “Bozo les culottes”, guitare sur l’épaule. Un tendre moment à l’égard de ce géant de la chanson québécoise, et envers qui l’admiration ne laissait planer aucun doute.
La noblesse de la langue française
Ce spectacle nous replonge bien entendu dans la décennie charnière qu’ont constituée les années 60. Celle-ci a transformé à tout jamais le paysage canadien-français : la politique, la culture, l’éducation, la religion ont toutes ressenti son impact. Les chansonniers ont bien sûr contribué à leur manière à ce bouillonnement. Leur amour de la langue française les aura transformés en orfèvres, façonnant de petits bijoux de chansons qui, malheureusement, auront accumulé un peu de poussière avec le passage du temps.
Robert Charlebois, le metteur en scène de cette tournée, aura habilement et astucieusement réussi à dépoussiérer ces chansons au plus grand profit de la langue française. Car notre langue, si riche, si noble, si belle, mérite un traitement réservé aux grandes dames. Honneur à ces messieurs qui nous auront donné toute une leçon de chevalerie.
© Alain Michaud, 2010