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Chronique de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques

4e budget Morneau : moyen jusqu’à la fin

Publié le 20 mars 2019


Dans le budget 2019-2020, le gouvernement réaffirme sa volonté “d’investir dans la classe moyenne”. Pourtant, les efforts déployés pour y arriver sont plus que timides. Faute d’être le véritable budget de la classe moyenne, le dernier budget de l’ère Trudeau est celui d’un gouvernement moyen.

Les libéraux de Justin Trudeau ont suscité de grands espoirs lorsqu’ils ont été élus en 2015. Les neuf ans de règne conservateur avaient été marqués par d’importants reculs sur les plans social, économique et environnemental, et le Parti libéral avait été porté au pouvoir en s’engageant à renverser la vapeur. Force est de constater que les libéraux ont gouverné bien stationnés au centre pendant quatre ans et le budget déposé hier n’y changera rien. La seule surprise de ce dernier budget du présent mandat : il n’a pas grand-chose d’électoraliste à l’approche du prochain scrutin. Est-ce que les libéraux reviendront à la charge avec d’autres annonces plus tard dans l’année ?

Alors que le ministre Morneau a été présenté par plusieurs comme dépensier, il est frappant de constater que les dépenses de programmes continueront de diminuer d’ici 2023-2024 en proportion du produit intérieur brut (PIB). Elles devraient passer de 14,7 % du PIB en 2019-2020 à moins de 14 % en 2023-2024, soit un niveau qui s’approche tranquillement du ratio de dépenses atteint par le gouvernement canadien à la suite des coupes sévères du ministre des Finances Paul Martin au milieu des années 90. Donc, c’est très bas. En outre, non seulement le ratio de la dette au PIB du Canada demeure le plus faible des pays du G7, mais il continuera à baisser durant les cinq prochaines années. Quant au service de la dette (1,0 %), il est à son plus bas depuis 1965-1966.

Accès à la propriété

Parmi les mesures phares de ce budget, l’incitatif à l’achat d’une première propriété vise à élargir l’accès à la propriété pour des ménages dont le revenu est inférieur à 120 000 $. La mesure permet à un acheteur d’obtenir un prêt, possiblement sans intérêt, de la part de la SCHL à hauteur de 5 ou 10 % de la valeur de la propriété. Ce faisant, le gouvernement entend donner accès à du financement à des ménages qui n’auraient pas normalement pu contracter un prêt hypothécaire pour devenir propriétaire. Le gouvernement continue ainsi d’occuper une position contradictoire : d’un côté, il encourage les ménages à s’endetter et alimente la croissance du marché immobilier, qui commençait tout juste à se remettre de la surchauffe des dernières années. De l’autre, il doit veiller à la stabilité de l’économie du pays, fragilisée par le ratio d’endettement des ménages qui avoisinait les 178 % des revenus à la fin de 2018. On peut déplorer qu’en cette période d’incertitude économique, la croissance de l’économie se fasse encore sur le dos de la sécurité financière des ménages canadiens, qui pourraient être lourdement affectés advenant un ralentissement économique. Davantage d’investissements auraient aussi pu être faits pour rendre le logement plus abordable au pays et aider les ménages locataires, qui sont largement laissés pour compte dans la stratégie du gouvernement.

Assurance-médicaments

Le budget fait écho au rapport préliminaire du Conseil consultatif sur la mise en oeuvre d’un régime national d’assurance-médicaments et annonce la mise en place d’une Agence canadienne des médicaments qui sera chargée d’évaluer l’efficacité et de négocier le prix des médicaments. L’agence devra également créer un premier “formulaire” à l’échelle canadienne qui établira des prix de référence et qui pourrait par conséquent faire mal paraître les régimes privés qui ne bénéficieront pas de la capacité de négociation du nouvel organisme public. Cette mesure pourrait rendre un régime public plus attrayant.

Il ne s’agit donc pas encore de l’assurance publique et universelle attendue par plusieurs, mais la création de cette agence marque néanmoins une nouvelle étape vers une stratégie qui confie un rôle plus important au public. Le gouvernement reconnaît par ailleurs noir sur blanc que les médicaments coûtent au Canada en moyenne 20 % de plus que dans les autres économies avancées. On aura la suite en juin lors du dépôt du rapport du Conseil consultatif.

Environnement

Sur le plan environnemental, le choix du gouvernement de soutenir l’achat de véhicules zéro émission n’est pas à la hauteur des défis climatiques que le Canada doit relever. De telles mesures vont participer à la croissance du parc automobile et contribuer à l’étalement urbain, qui n’a cessé de croître au pays depuis 10 ans. Cette approche risque de saper les efforts mis par les municipalités dans le développement du transport en commun. Certes, d’importants investissements seront consacrés à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments résidentiels et commerciaux ; il aurait été souhaitable d’étendre cette initiative aux bâtiments industriels, dont la dépense énergétique est considérable.

Autochtones

Plusieurs communautés autochtones au Canada vivent encore comme des citoyens de seconde zone. Le gouvernement le reconnaît et affecte des sommes considérables (694 M $) afin de redresser la situation, ce qui est certes louable dans les circonstances. Les sommes iront à un meilleur accès à l’eau potable, des services pour les enfants inuits et des Premières nations ainsi que des mesures de promotion et de revitalisation des langues autochtones.

Autres mesures

Le gouvernement continue d’engloutir des sommes massives (366 M $) dans la mise en place du système de paie Phénix, un fiasco qui ne semble pas connaître de fin.

Ottawa souhaite par ailleurs fournir l’accès à l’internet haute vitesse à 95 % des ménages et petites entreprises d’ici 2026, et à 100 % d’entre eux d’ici 2030. Pour ce faire, des sommes (26 M $) seront notamment consacrées à soutenir les entreprises du secteur privé. Une telle mesure ne sera pas sans plaire aux résidentes et aux résidents des régions rurales et nordiques, qui doivent douter que le Canada soit vraiment entré dans le 21e siècle.

Différentes mesures serviront à soutenir la diversité, la culture et les arts, mais les sommes consenties (45 M $) pour lutter contre le racisme, appuyer les communautés canadiennes noires ou encore promouvoir l’égalité des sexes demeurent très modestes compte tenu des inégalités qui traversent encore la société canadienne et la discrimination persistante vécue par certaines catégories de la population.

Ce montant comprend d’ailleurs les sommes allouées à des crédits d’impôt afin d’aider modestement les médias canadiens (11 M $), qui comme on le sait traversent une période de crise due à la baisse des revenus publicitaires et d’abonnement avec la montée des médias numériques. On s’étonne toutefois que le gouvernement ne soit pas revenu sur sa décision de taxer convenablement les nouvelles plateformes de contenu numérique. Une telle décision aurait permis de mieux financer l’écosystème médiatique canadien en faisant contribuer les plus gros joueurs et en rétablissant, par le fait même, une certaine équité fiscale dans ce secteur encore appelé à subir d’importantes transformations.

Le gouvernement devra aussi offrir des compensations financières aux entreprises agricoles assujetties à la gestion de l’offre afin d’atténuer les impacts négatifs de l’adoption de l’AECG et du PTPGP. Ce sont plusieurs milliards de dollars qui pourraient être dépensés pour soutenir une politique libre-échangiste qui risque, à long terme, de menacer les plus petites entreprises et nuire à la souveraineté alimentaire de la population canadienne.

Depuis son élection, le gouvernement Trudeau affirme vouloir faciliter la vie de “ceux qui travaillent fort pour faire partie de la classe moyenne”. L’expression est utilisée à satiété dans le texte du dernier budget. Mais le gouvernement n’a pas semblé trop s’inquiéter de ceux et celles qui n’ont pas la capacité de rejoindre cette fameuse “classe moyenne” puisqu’ils peinent à simplement maintenir une vie digne.

Il aurait fallu s’assurer que tous les aînés sans exception, qu’ils travaillent ou non, atteignent un niveau de revenu décent. Le budget de cette année se contente de cibler les aînés sur le marché du travail en bonifiant l’exemption des gains du Supplément du revenu garanti (SRG), pour une dépense de 346 M $ (à partir 2020-2021 seulement). En plus de la bonification de base, le gouvernement crée une exemption partielle de 50 % pour les revenus allant de 5 000 $ à 10 000 $ et s’assure que désormais les travailleurs autonomes pourront bénéficier de cette mesure.

Une autre mesure dont se vante le gouvernement est l’Allocation canadienne pour la formation. Celle-ci vise à s’assurer que les travailleuses et les travailleurs pourront aisément s’adapter dans un monde du travail. L’Allocation créera un “crédit canadien pour la formation” de 250 $ par année que les travailleurs et travailleuses de 25 ans et plus pourront cumuler d’année en année afin de couvrir des dépenses de formation. Une nouvelle “prestation de soutien à la formation d’assurance-emploi” permettra par ailleurs à ces travailleurs et travailleuses de s’absenter du travail jusqu’à quatre semaines pour suivre une formation. Durant cette absence, ils recevront 55 % de leur salaire. À une époque où les gens s’endettent de plus en plus pour étudier, il est décevant de voir qu’on ne demande pas de contribution supplémentaire aux employeurs au moment de parfaire leur formation.

Le dernier budget de Bill Morneau avant les élections n’aura rien eu d’éclatant. Après un premier budget où le ton tranchait avec celui du règne conservateur et qui avait généré de hautes attentes, force est de constater que le gouvernement n’a pas été à la hauteur des défis auxquels la population canadienne sera confrontée dans les prochaines années.

Par Guillaume Hebert et Julia Posca

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