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Chronique de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques

Cannabis : l’état contre le marché noir

Publié le 9 mars 2018


Récemment nous avons appris que six producteurs de cannabis ont conclu une entente avec la Société québécoise du cannabis (SQC), la filiale qui aura la tâche de distribuer la marijuana pour la SAQ. Cette production évaluée à environ 62 000 kg de cannabis annuellement se répartira entre les entreprises suivantes :

  • Hydropothicaire (QC) : 20 000 kg
  • Aphria (ON) : 12 000 kg
  • Canopy Growth (ON) : 12 000 kg
  • Med Releaf (ON) : 8 000 kg
  • Aurora Cannabis (AB) : 5 000 kg
  • Tilray (BC) : 5 000 kg

Même s’il s’agira de “la plus grande vente mondiale de cannabis légal” jamais réalisée dans le monde, s’interroger à savoir si c’est suffisant nous apparait justifié.

L’an dernier nous avons réalisé une étude qui se basait sur les données officielles du Colorado et qui estimait le marché du cannabis récréatif légal québécois à 1,33 G $ (p. 16). Selon les données recueillies par Statistique Canada, cette estimation semble se confirmer.

De plus, nous savons qu’en moyenne, le prix d’un gramme de cannabis se transige à 7,69 $ au Canada (p. 47). Cela signifie que le marché québécois achèterait l’équivalent de 173 000 kg de cannabis récréatif. Donc, présentement, en termes de quantité, l’achat de la SQC représenterait environ le tiers du marché. Le réseau de la SQC pourra-t-il lutter contre le marché noir dès le début de ses activités ? Nous en doutons fortement ! Mais la quantité achetée permettra certainement de soutenir le réseau initial de 15 succursales et de vente à distance. Rappelons que ce réseau pourrait compter jusqu’à 10 fois plus de succursales d’ici 3 ans. Bref, il y a fort à parier que durant les prochaines années, les achats de SQC qui nous apparaissent si importants aujourd’hui semblent tout à fait normaux voire de faible envergure.

Qui utilisera le marché noir du cannabis au Québec ?

Nous nous permettons d’affirmer que le marché noir ne sera jamais complètement effacé de la distribution du cannabis. Ainsi, au Colorado, qui a légalisé en 2012 la consommation du cannabis, il est estimé que cela prendra 10 ans pour que 90 % du marché du cannabis soit légal (p. 6). Cette situation, qui pourrait aussi s’appliquer au Québec, nous permet d’entrevoir qu’il y aura toujours un marché de contrebande, comme c’est d’ailleurs le cas pour des produits légaux comme l’alcool ou le tabac. Rappelons que chez nous, le marché de la contrebande de cigarettes est estimé à environ 15 % de l’ensemble du marché (p. 2).

Le gros de la clientèle du marché noir sera composé de consommateurs qui ne seront pas desservis par l’offre de service de la SQC. Pensons par exemple aux personnes habitant loin des succursales qui voudront se faire livrer du cannabis rapidement à la maison ou encore aux grands consommateurs, clientèle cible du crime organisé, qui, bien que le cannabis soit légal, auront un intérêt économique à acheter en gros. De plus, il y a fort à parier que l’État, comme il le fait avec la SAQ dépôt pour l’alcool ou le permet pour les “cartoons” de cigarettes, ne favorisera pas l’achat de grosses quantités par des rabais.

Cependant l’on peut croire que, sur plusieurs années, pour la plupart des gens, il y aura un transfert du marché noir au marché légal.

Bref, le marché noir autour de la distribution du cannabis ne sera probablement jamais endigué. Toutefois, il est certain qu’à moyen terme, il perdra des plumes. D’autre part, les produits offerts en succursale seront vérifiés par la santé publique et risquent de comporter moins de produits dommageables pour la santé que le cannabis disponible dans la rue. Finalement, plutôt que de le laisser au crime organisé, l’État pourra profiter des entrées d’argent de ce nouveau marché pour favoriser la communauté.

En conclusion, plus il y aura de cannabis légal disponible et moins le crime organisé pourra profiter de la distribution du produit.

Par Bertrand Schepper

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