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Chronique de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques

Liberté 85 : comptez-vous vivre longtemps après le travail ?

Publié le 18 avril 2019


Le dernier budget du Québec faisait une place importante aux personnes aînées. On y trouvait notamment l’annonce de différents investissements dans les soins de longue durée, dont les soins et services à domicile. Mais le ministre des Finances Éric Girard a aussi fait savoir qu’il adoptait des mesures visant à maintenir les aînés au travail. Il a par exemple bonifié le “crédit d’impôt pour travailleur expérimenté”, rebaptisé pour l’occasion “crédit d’impôt pour prolongation de carrière”.

Comme sur la question de la dette publique du Québec, le ministre Girard justifie les nouvelles mesures dans ce domaine en affirmant vouloir “effacer le retard” avec l’Ontario, une fixation maladive de l’argentier caquiste. En effet, le taux d’emploi des personnes de 60 à 64 ans est de 48,5 % au Québec comparativement à 54,8 % en Ontario. Pour les personnes de 65 ans et plus, les taux d’emplois sont respectivement de 10,3 % et 13,7 %. Les plus vieux travaillent donc moins au Québec.

Au moins, le ministre ne s’inspire pas (encore ?) des États-Unis où on observe une augmentation fulgurante du taux d’emploi chez les personnes âgées de… 85 ans et plus. Entre 2006 et 2018, cette proportion est passée de 2,6 % à 4,4 %, ce qui représente maintenant un quart de millions de papys et de mamies en emploi. Ces personnes conservent un emploi pour différentes raisons, dont les coûts astronomiques des services de santé dans ce pays.

Graphique 1 : nombre de personnes de 85 ans et plus qui occupent un emploi, États-Unis, 2005-2018

Source : The Washington Post

Même si le taux d’emploi des personnes de 70 ans et plus au Québec est passé de 2,0 % à 5,7 % entre 2000 et 2018 - une augmentation majeure - la situation est encore très loin de celle qui prévaut aux États-Unis.

Semaine de 25 heures et retraite à 38 ans

En revanche, ce qui est préoccupant, c’est l’évolution du discours sur le travail. En effet, nous sommes passés d’une civilisation qui aspirait jadis à une société des loisirs, où les avancées technologiques auraient libéré les êtres humains des labeurs ingrats, à une société obsédée par la performance, où l’automatisation va de pair avec une intensification du travail. C’est, sans contredit, l’un des revirements idéologiques majeurs des cinquante dernières années.

De même pour la retraite. Des futurologues des années 70 croyaient qu’on pourrait la prendre avant quarante ans une fois parvenu à notre époque. Plus tard, au début des années 90, des publicités de la London Life propageaient toujours l’idée d’une retraite à 55 ans, la fameuse “Liberté 55”. On croyait donc encore à l’idée que l’on pourrait éventuellement travailler moins longtemps.

Or, après avoir diminué jusqu’à la fin des années 90, l’âge de la retraite est reparti à la hausse depuis le tournant des années 2000. Le graphique suivant montre l’âge médian de la retraite selon le sexe au Canada, de 1976 à 2017 (notre collègue Mario Jodoin écrivait dans ce billet que les données sont plus éclairantes lorsque considérées sous l’angle de “la durée anticipée de vie en emploi à 50 ans”. Les données n’ont toutefois pas été mises à jour depuis longtemps, mais elles permettent néanmoins d’anticiper que la hausse se poursuivra de trois à quatre ans).

Graphique 2 : âge médian de la retraite selon le sexe, Canada, 1976-2017

Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 282-0002

Et aujourd’hui, à l’approche du tournant des années 2020, on sermonne les Québécois·es parce qu’ils ne travaillent pas aussi longtemps que les Ontarien·ne·s.

Mais, est-ce vraiment ce qu’on souhaite : repousser toujours davantage l’âge de la retraite ? A-t-on vraiment abdiqué toute idée de réduire la durée et l’intensité du travail tout au long de la vie ?

À une époque où les revendications écologistes deviennent centrales et où on parle désormais de plus en plus ouvertement de concepts tels que la décroissance, ne devrait-on pas questionner notre rapport au travail plutôt que de faire contribuer également les vieux de 85 ans et plus à la destruction de la planète ? Ne devrait-on pas faire preuve de plus d’humanité et les laisser profiter tranquillement de la fin du monde ?

À ceux qui tiennent absolument à repousser l’âge de la retraite sous prétexte que l’espérance de vie est désormais plus élevée, on pourrait répondre que certains n’ont peut-être pas envie d’une vie beaucoup plus longue si c’est pour consacrer une plus grande partie de sa vie à un travail abrutissant…

Mais peut-être en fait que le modèle économique anglo-saxon qui a inspiré tant de nos réformes finira peut-être par couper court à ce dilemme. En 2018, on apprenait que l’espérance de vie aux États-Unis poursuivait son recul pour une troisième année consécutive. L’espérance de vie au Royaume-Uni vient de prendre la même direction.

Plutôt que de chercher à allonger à tout prix les années de nos vies que l’on doit consacrer au travail, il faudrait peut-être d’abord questionner la place du travail dans nos sociétés ? Doit-on vraiment travailler autant ? Pour qui ? Pourquoi ?

Nous avons vérifié dans les petits caractères : il n’y avait aucune précision à ce sujet dans le dernier budget du Québec.

Par Guillaume Hebert

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