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Chronique de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques

Quel équilibre entre la démocratie, les marchés et l’environnement ?

Publié le 20 avril 2018


Les entreprises privées (et plusieurs politiciens) nous promettent que l’économie et l’environnement ne sont pas en compétition et qu’il est ainsi possible de les développer en harmonie. À les écouter, il suffirait de les laisser libres d’agir. La survie de la planète n’est-elle pas à l’avantage des profits ? L’entreprise privée, naturellement, irait donc vers des choix durables et responsables. L’actualité récente tend pourtant à prouver le contraire.

David contre Goliath

En mars dernier, on apprenait que Ristigouche gagnait son combat contre la compagnie Gastem qui la poursuivait pour 1 M $. Le petit village avait adopté une réglementation interdisant les forages à une certaine distance des puits artésiens afin de protéger son eau potable, ce que l’entreprise gazière contestait devant les tribunaux. La cour s’est heureusement rangée du côté de la municipalité. Quelques semaines plus tard, c’était au tour de Grenville sur la Rouge d’être poursuivie par une minière, cette fois pour 96 M $… près de 100 fois plus ! Le nouveau conseil municipal avait changé le zonage pour bloquer un projet de mine à ciel ouvert sur son territoire, et ce, après une campagne électorale portant spécifiquement sur cet enjeu. On attend de voir le résultat, mais il est difficile de croire à autre chose qu’une poursuite abusive étant donnée la pénalité demandée, qui correspond à vingt fois le budget annuel de la Ville.

Et maintenant, un autre litige extractiviste fait la manchette, cette fois mettant en vedette l’Alberta et le gouvernement fédéral contre la Colombie-Britannique. D’un côté, il y a une province qui dépend depuis des décennies d’une industrie pétrolière qui a perdu de sa vigueur. Dans l’espoir de lui redonner un peu de vie, elle espère allonger un pipeline qui augmenterait sa capacité à extraire du pétrole des sables bitumineux, l’une des formes de pétrole les plus polluantes. De l’autre, il y a sa province voisine qui vient d’élire un gouvernement minoritaire, dont la balance du pouvoir repose sur trois députés du Parti vert, et qui n’est pas intéressée à voir un oléoduc traverser plus de 90 rivières sur son territoire pour permettre au dit pétrole de se rendre à l’océan et être exporté. Et au milieu se trouve Justin Trudeau, qui se vante sur toutes les tribunes d’être un environnementaliste, mais qui veut également redorer le blason de son parti dans les Prairies tout en imposant son pouvoir centralisateur.

Alliance État-entreprise privée

Des dizaines d’articles ont été écrits à ce sujet, pesant la légitimité des positions et le rapport de force des acteurs. L’enjeu est fondamental. À quel point une communauté politique peut-elle prendre des décisions pour protéger son territoire si celles-ci contreviennent à un plan plus large ? De surcroît, l’économie devrait-elle avoir préséance sur l’environnement ? L’empressement du gouvernement Trudeau d’endosser le projet de pipeline laisse croire que oui, tout comme son désir d’appuyer financièrement le projet Trans Mountain malgré les réticences de la Colombie-Britannique.

Cette alliance entre l’entreprise privée et l’État n’a rien de nouveau. Plusieurs intervenant·e·s remontent aux Trente glorieuses pour parler d’un âge d’or des gouvernements au service de la population. Pourtant, même à cette époque, les grands acteurs financiers et les entreprises privées parvenaient à se faire entendre et à faire adapter les politiques publiques à leurs besoins. Ce fut le cas pour les retraites (le RRQ ne couvre que 25 % du salaire parce que les entreprises sont censées compenser), pour la santé (les médecins sont des travailleurs autonomes employés exclusivement par l’État) et même pour l’éducation (pensons au “compromis” des écoles privées subventionnées). Il est vrai néanmoins que la nature de la relation a changé dans les dernières années. Le lien est plus fort. On peut ainsi voir un Youri Chassin, ancien économiste à l’Institut économique de Montréal, se présenter sans rougir comme candidat de la CAQ aux prochaines élections. Dans des déclarations passées, il a fait l’éloge d’un État qui se rétrécit, dont les responsabilités sociales seraient limitées et où l’on favoriserait la prestation de services à la population par des entreprises privées. Pour lui, le marché serait le meilleur véhicule de valeurs environnementales. Il faudrait donc laisser les entreprises s’autoréguler. Après tout, n’ont-elles pas avantage à avoir des employé·e·s en santé et un environnement sain pour être en mesure d’exploiter le plus longtemps possible leurs ressources ?

On le leur souhaiterait, mais ce n’est pas le cas. Pensons à Lac Mégantic. Pensons à la boisson alcoolisée FckdUp. Pensons à la crise des subprimes. En fait, le capitalisme sans restriction accroît les inégalités. Ceux qui ont de l’argent (et du pouvoir) en ont de plus en plus, et ceux qui n’en ont pas en ont de moins en moins. Les conséquences sont parfois catastrophiques et irréversibles quand il est question de vies humaines ou de l’environnement. Il est donc nécessaire d’avoir des gouvernements forts pour s’imposer et ramener un peu d’équilibre et rappeler l’importance des personnes, des communautés, du territoire.

Il y a peu, Justin Trudeau déclarait aux députés français être “pour le commerce progressiste, pour la diversité, pour l’immigration, pour la protection de l’environnement, pour l’égalité des sexes, pour la règle de droit, pour la démocratie, pour l’égalité, pour la liberté”. Au moins, voilà qui est clair : le commerce d’abord, les valeurs et les bonnes intentions ensuite.

Par Eve-Lyne Couturier

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