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Chronique de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques

Tuer le taxi pour faire vivre Uber

Publié le 9 avril 2019


La saga entourant le projet de loi 17, qui vise à modifier les règles entourant l’industrie du taxi, est troublante à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, elle met en lumière l’incompréhension du gouvernement et des supporters du modèle Uber quant au rôle historique qu’ont joué les pouvoirs publics dans la création de l’industrie du taxi. La présente loi concernant les services de transport par taxi, révisée en 2001, a pour but, outre d’accroître la sécurité des usagers et d’améliorer la qualité des services offerts, “d’assurer une gestion de l’offre de services de transport par taxi qui tient compte des besoins de la population”. La gestion de l’offre est centrale à cette industrie, au même titre qu’elle l’est pour l’industrie laitière, afin d’assurer un niveau de vie décent à ses chauffeurs et une disponibilité de services à la population. Il ne viendrait pas à l’esprit du gouvernement d’abolir le système de quotas de production de lait sans dédommager les agriculteurs, en rachetant leurs quotas à leur pleine valeur marchande.

C’est pourtant exactement ce qu’il fait, en ne dédommageant pas en totalité les détenteurs de permis de taxi. L’offre de 500 millions $ du gouvernement québécois, dite “finale”, “généreuse” et “respectant la capacité de payer des Québécois”, est bien loin du 1,4 milliard $ que valaient les quelque 8 300 permis de taxi avant l’arrivée fracassante d’Uber en 2013. On se demande toujours, par ailleurs, pourquoi il reviendrait à l’ensemble des Québécois·es de payer la facture, alors que seul Uber profite de la crise actuelle.

Plusieurs applaudissent ce projet de loi sous prétexte que l’industrie du taxi était sclérosée depuis longtemps, victime de sa propre paresse, incapable de s’adapter au goût du jour. Les enthousiastes du capitalisme de plateforme vantent les bienfaits de la “destruction créatrice” qu’apporte Uber sur le marché, inhérents à tout progrès économique. On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, paraît-il. Il y a toutefois des limites à oublier que les oeufs en question, les chauffeurs, sont des humains comme vous et moi et qu’ils travaillent honnêtement, en respectant les règles. Le projet de loi 17 aura des répercussions particulièrement violentes pour eux ; le geste désespéré d’un homme qui s’est automutilé en direct à la télévision en est un témoignage malheureux.

Cette claque au visage des chauffeurs de taxi est d’autant plus grotesque dans le contexte du mélodrame identitaire dans lequel est encore plongé le Québec. La loi sur la laïcité a peu à voir avec la laïcité et tout à voir avec la définition de notre identité nationale et des frontières du “nous” québécois, et avec notre capacité à intégrer les nouveaux et nouvelles arrivant·e·s avec leurs différences. En campagne électorale, François Legault aimait répéter que les immigrant·e·s, il fallait “en prendre moins, mais en prendre soin”. Or, selon les données du dernier recensement (2016), 55 % des chauffeurs de taxi au Québec sont des immigrants de première génération, soit le plus haut taux de toutes les professions. Détrousser des milliers de familles issues de l’immigration : “au Québec, c’est comme ça qu’on vit” ?

Par François Desrochers

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