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Chronique littéraire

du Club de lecture de la Bibliothèque Annie St-Arneault

Han Van Meegeren ou la vie d’un faussaire, de Lord Kilbracken

Publié le 5 mars 2012


Van Meegeren fut un peintre néerlandais, un restaurateur d’œuvres d’art, un chimiste autodidacte et un faussaire chevronné. L’un des faussaires les plus adroits et remarqués du XXe siècle puisque les acheteurs qu’il a réussi à duper lui ont donné entre 25 et 30 millions de dollars américains. Sa vie est liée à celle de Johannes Vermeer, peintre hollandais peu renommé en son temps (XVIIe siècle) et dont environ 35 œuvres seulement nous sont parvenues.

Van Meegeren eut une enfance singulière entre un père scientifique, autoritaire, religieux, drastique et une mère soumise et effacée, peu expressive et un frère voué à la prêtrise comme le voulaient les coutumes de l’époque. Ce père intransigeant, castrant et tyrannique aura sur la psychologie de Han des effets néfastes et des répercussions à l’âge adulte. Il fut tout de même un élève brillant, talentueux et vaillant, mais hypersensible, en quête continuelle d’approbation. Déjà jeune adolescent on le disait de tempérament anxieux, susceptible, réfractaire à l’autorité et réactionnaire. Son professeur, Korteling, ayant perçu chez Han un talent certain pour le dessin et la peinture suscita très tôt chez lui le désir d’être peintre, Han s’enthousiasma donc, comme son mentor, pour les merveilleuses couleurs qu’utilisaient les peintres de l’Âge d’or des Pays-Bas. Malheureusement, son père ne partageant pas la passion pour l’art de son fils l’envoya étudier l’architecture à l’université de Delft.
Han ayant trouvé en Korteling un père de substitution, se désintéressa totalement de l’architecture et s’activa, sous les encouragements de son enseignant, à l’art pictural. Plusieurs prix lui furent accordés. Il se distingua très tôt comme portraitiste et connut certains succès. Désormais il voulut vivre de son art, alors il s’adonna, tout comme les artistes-peintres de sa génération à l’art moderne. Celle-ci n’étant vraiment pas sa tasse de thé, il s’en lassa très tôt et bifurqua aisément vers ses sujets de prédilections et les thèmes de ses favoris; les peintres de l’École de La Haye du XVIIe siècle. Ce fut un désastre. Les critiques d’art, dont l’illustre Bredius ne le ménagèrent pas. Ils dénigrèrent son travail stipulant que ses œuvres peu originales sentaient la fatigue et n’étaient que de pâles imitations, si bien que les galeries et les musées n’achetèrent plus ses peintures.

Van Meegeren ne resta pas sans se défendre devant ces attaques scabreuses, il étrilla les critiques d’art dans un article agressif publié par son magazine De Kemphaan et s’engagea dans une vendetta sans fin. Ces biens pensants avaient brisé sa carrière alors ils en paieraient le prix. Il entreprit donc le métier de faussaire et effectivement ces soi-disant experts subirent le courroux vengeur et passionné de son pinceau. Son objectif; créer un faux tellement génial qu’il confondrait ses détracteurs par l’aveu subséquent son pastiche.

Il s’investit alors avec acharnement dans la fabrication de faux imitant les tableaux d’artistes bien connus du XVIIe siècle. Il se mit à copier leurs styles et leurs couleurs avec une telle perfection et une telle ingéniosité que les méthodes d’authentification de l’époque ne permirent pas de déceler la fraude. Après avoir passé plus de six ans à mettre au point ses techniques, il finit par produire des imitations parfaites et exceptionnelles de peintures de Frans Hals, Pieter de Hooch, et Johannes Vermeer, au point que même les meilleurs critiques d’art et les meilleurs experts (les mêmes qui l’avaient jadis dénigré) les considéraient comme des peintures authentiques et géniales.

Il s’attacha principalement à la création de faux Vermeer. Sa toile Les Disciples d’Emmaüs trompa dans les années 1930 et 1940 les spécialistes les plus chevronnés et lui rapporta une petite fortune. Pourquoi Vermeer ? Vermeer venait à peine d’être redécouvert. Un journaliste attira l’attention sur ses œuvres en 1866 et depuis on s’évertuait dans l’exhumation d’un prochain chef d’œuvre. On ne lui connaissait qu’environ une trentaine de toiles dont une seulement était de nature biblique : Le Christ chez Marthe et Marie. Le sujet parfait pour la prospection d’œuvres encore inédites — même fausses.

Han Van Meegeren n’est pas qu’un brillant peintre, c’est aussi un faussaire de génie. Il étudia dans les moindres détails la vie de Vermeer, surnommé le Sphinx de Delft, ses occupations, ses techniques de peinture, les procédés de l’époque. Le travail opiniâtre et méticuleux qu’il mit à la confection de ses faux relève de l’exploit, l’exploit d’un restaurateur, d’un chimiste et d’un faussaire émérites.

Il fallait que ses faux aient l’air d’avoir été peints il y a 300 ans. Il acheta de véritables toiles du XVIIe siècle de peintres peu connus, fabriqua des pinceaux en poils de blaireau, retrouva de vieilles formules de préparation de peintures, qu’il reproduisit avec des matières premières de l’époque (plomb, ocre, indigo, lapis-lazuli…). Il développa sa propre méthode de vieillissement : ajout d’un produit chimique dans la peinture pour la faire durcir, double cuisson des tableaux au four à 105 °, passage de plusieurs jours dans un tambour de séchoir de sorte que les craquelures se forment de façon irrégulière, nettoyage à l’éponge d’eau et d’encre de chine noire, pour remplir les fissures. Tout ceci sans compter les différentes versions ou essais qu’il dû tester au préalable, de même que multiples imitations de signatures.

Meegeren s’ingénia à trouver les intermédiaires parfaits pour la vente de ses chefs d’œuvre. Il mit au point, pour chaque toile à vendre un passé alambiqué. Une vieille famille italienne en souffrance financièrement, une héritière devant liquider certains tableaux afin de régler la succession, un marchand d’art dans l’obligation de se départir de certaines œuvres, etc. Le tout, sans que le nom de Han Van Meegeren ne soit jamais mentionné bien sûr et se dérouler dans le plus grand secret afin de protéger ses richissimes clients. De plus, la guerre invitait la clandestinité; un atout supplémentaire pour Meegeren.

Entre 1937 et 1945, Han Van Meegeren donna naissance à toute une série de petits frères aux Disciples d’Emmaüs (une douzaine environ) et bientôt son objectif premier de confondre ses détracteurs en dévoilant son subterfuge s’égarera dans l’appât du gain. Il amassa un véritable pécule. Une fortune investie dans plusieurs dizaines de splendides demeures le long des canaux d’Amsterdam, des bijoux, et des tableaux – véritables — de grands maîtres hollandais, malgré ces temps de guerre. Ce qui malheureusement accentua la découverte de sa supercherie. Le 17 mai 1945, à peine neuf jours après la capitulation de l’Allemagne, un régiment allié prend possession d’une mine de sel autrichienne. Les galeries renferment effectivement de quoi mettre l’eau à la bouche : le Maréchal Goering y a caché sa collection privée, plus de six mille œuvres d’art pillées aux quatre coins de l’Europe. Ces G.I. entreprennent de rendre les œuvres à leurs légitimes propriétaires. Au passage, ils arrêteront les complices du pillage nazi. Parmi les milliers de chefs d’œuvre, les Américains trouvent un Vermeer non répertorié, Le Christ et la femme adultère. Ils remontent la piste du tableau, qui les mène au banquier nazi Miedl. Celui-ci leur donne le nom du complice qui lui a vendu l’œuvre, un riche hollandais. Le 29 mai 1945, la police hollandaise sonne donc à la porte du peintre et marchand d’art, Han Van Meegeren.

Abasourdi, Meegeren est arrêté et inculpé pour pillage de trésors nationaux hollandais au profit de l’ennemi, un crime pour lequel il encourt tout simplement la prison à vie. Han Van Meegeren réalise qu’il n’a pas d’autres choix que de lâcher le morceau pour s’éviter de finir sa vie derrière les barreaux : il n’a pas commis le crime dont on l’accuse, puisque le Vermeer qu’il a vendu n’en est pas un. Il affirme très sérieusement que Le Christ et la femme adultère n’est qu’un faux qu’il a peint lui-même. Non seulement Meegeren revendique la paternité de ce Christ, mais il affirme également que pendant les six ans qu’il a passés dans le sud de la France, il a peint quelques dizaines de faux Vermeer, dont certains sont accrochés dans de grands musées.

Il faut bien admettre que si l’hypothèse est totalement invraisemblable, elle n’en demeure pas moins plausible. Meegeren fit une proposition simple : il peut peindre un “nouveau” Vermeer devant témoins. Entre juillet et novembre 1945, il exécute donc devant une commission d’experts commanditée par le tribunal une nouvelle œuvre, Le Christ au temple. Les experts médusés doivent se rendre à l’évidence : Meegeren a réalisé une falsification parfaite qui confondrait n’importe quel spécialiste.

Le monde de l’art vacille pendant le procès. Les musées du monde entier commencent sérieusement à douter de l’authenticité de certains de leurs Vermeer. En étudiant de près le tableau de Meegeren peint devant témoins, les scientifiques de la commission trouvent enfin un moyen de départager les “vrais” des “faux”. Un des liants chimiques (la   bakélite), utilisés dans la peinture de Meegeren n’a été inventé qu’au XXe siècle.

Meegeren est condamné à une petite année de prison pour escroquerie. Il meurt malheureusement d’une crise cardiaque dans les semaines qui suivent.

Han van Meegeren fut probablement le plus grand faussaire du XXe siècle.

Une dizaine de faux, dont la superbe Femme jouant de la musique furent retrouvés dans des collections privées ou des musées, mais sans doute en subsiste-t-il encore ici ou là dont les propriétaires ne se sont jamais fait connaître par crainte du ridicule.

Dernière nouvelle : Londres, le 4 juillet 2011
Une copie XVIIe attribuée au plus grand faussaire du XXe siècle, Le Courtauld Institute of Art de Londres exposait il y a peu une copie, L’entremetteuse, datée 1622 du maître néerlandais Dirck Van Baburen. La peinture originale est conservée au musée des Beaux-Arts de Boston et la copie conservée à Londres était également datée du XVIIe siècle.

C’est ce que pensait les experts avant que des tests soient réalisés sur la copie pour une émission de télévision anglaise intitulée “Fake of Fortune ?”. L’analyse montre que la copie est en fait une toile peinte par le célèbre faussaire du XXe siècle Han Van Meegeren. Les analyses scientifiques montrent une présence de bakélite, matière qui n’était pas utilisée au XVIIe siècle et c’est l’une des signatures de Han Van Meegeren.

Lynn Bérubé,
membre du club de lecture de la Bibliothèque municipale

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