Logo du Tam-Tam communautaire

Portail communautaire et social
du Haut Saint-Maurice


 

Calendrier des activités

  2014 
D L M M J V S
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31            

Toutes les activités d'août 2014

Les membres du Club de lecture de la Bibliothèque de La Tuque

Chronique littéraire

Par le Club de lecture de la Bibliothèque de La Tuque

La laisse, de Françoise Sagan

Publié le 2 avril 2012


Dans ma bibliothèque, il se passe de curieuses choses. J’ai des disparus, deux livres dont je ne retrouve pas la trace (un livre de Pennac et La constance du jardinier). Où sont-ils ? Néant ! Mais j’ai aussi des intrus (un livre de Françoise Sagan et Mes nuits sont plus belles que mes jours). Je n’ai aucune idée comment ces livres se sont introduits chez moi. Aucune identification pour retrouver le propriétaire, mais ce n’est pas parce que je n’ai pas demandé à mon entourage. Ce n’est à personne.

Ces livres, que d’ailleurs je n’avais jamais lus jusqu’à maintenant, me seront finalement utiles. Puisqu’on parle de classiques ce mois-ci, j’ai donc décidé de lire celui de Françoise Sagan “La laisse” : titre bien évocateur qui ne concerne pas les toutous à 4 pattes, mais plutôt à 2 pattes, ce qu’on pourrait dire du narrateur “un brave toutou bien docile”.

Depuis 7 ans, Vincent est bien tenu en laisse par Laurence, ce qu’il a l’air d’apprécier assez bien ; aucune obligation que celle de faire le beau. Elle l’habille à son goût, lui a acheté une belle voiture, deux paires de boutons de manchette en or et lui verse une allocation mensuelle. Pas trop, pour qu’il n’ait pas le goût d’aller voir ailleurs. Il ne lui reste qu’à pianoter, ce qu’il fait sans grand enthousiasme ayant subi quelques revers face à une possible carrière de pianiste. Laurence est toujours là pour le consoler lorsqu’il encaisse ces refus de la reconnaissance de son talent Elle a su faire le vide autour de lui. Il ne lui reste qu’un seul ami, Coriolan Latelet, son meilleur ami qu’il connaît depuis le jardin d’enfance. Il camoufle ses escapades avec cet ami que Laurence ne peut pas sentir. Il vient d’écrire une musique pour un film qui a du succès. Avec son ami, il va essayer de secouer les puces de Pas un sou, son producteur, pour qu’il lui verse ses redevances. Mais, oh surprise ! à cause des menaces de Coriolan qu’il a nommé son imprésario, Pas un sou lui verse un chèque dont le montant lui fait prendre conscience qu’il pourrait se libérer de l’emprise financière de Laurence. Cependant, celle-ci ne le voit pas du même œil et avec son père qui d’habitude ne veut pas voir son beau-fils, ils vont concocter une arnaque pour qu’il ne puisse pas utiliser son argent sans l’accord de sa femme. Devant tant de mauvaise foi, Vincent va décider de partir, de casser sa laisse. Je vous laisse sur votre faim, c’est le cas de le dire pour essayer de deviner ce qui va se passer. Qui va se libérer ?

“La Laisse” est un roman de 230 pages écrit en 1989. Un roman qui a bien vieilli. Une lecture facile. Une étude de la société bourgeoise française. Vincent vient d’un milieu pauvre tandis que Laurence a été élevée dans la richesse.

Le livre est écrit au “je”. C’est Vincent qui se raconte. Il a le profil d’un bon gars qui aime bien la main qui le nourrit. Cela lui convient : pas d’efforts à faire, il se laisse porter par la vie. Il décrit avec acuité le comportement de Laurence ainsi que le sien. Il n’excuse pas, mais avoue son manque de résistance face à la volonté de Laurence.

Elle l’a si bien ficelé qu’il a du mal à se défaire de ses liens.

Page 160 “J’avais jusqu’ici été considéré comme le vassal, le mari et le parasite de Laurence”.

Page 184 “.... il y avait d’abord moi, un moi manquant de force, de confiance, de légèreté, un moi infantile, pusillanime et médiocre, auquel finalement j’en voulais beaucoup plus qu’à l’existence elle-même, puisque c’était un autre moi qui me rendait, d’habitude, l’existence si charmante”.

C’est un plaisir de lecture, une écriture ciselée, fine et travaillée. Style sobre et épuré. Une fin en coup de poing qui nous assomme, qu’on n’avait pas vue venir. Sagan se branche à ses personnages, à leurs évolutions, à leurs aspects intérieurs. Elle analyse des réactions, des sentiments. On dit d’elle qu’elle bâclait son travail. L’éditeur du livre “La femme fardée” paru en 1981, nous affirme qu’elle a recommencé 12 fois les cent premières pages.

“Fit son apparition en 1954 avec un mince roman, “Bonjour tristesse”, qui fit un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même”. C’est Françoise Sagan elle-même qui a écrit son épitaphe dans les années 90.

Françoise Sagan (1935-2004)

Françoise Quoirez est la troisième enfant de Pierre et de Marie Quoirez, une famille d’industriels aisés.

À cause du décès prématuré de son frère, on pardonne tout à la turbulente enfant. Sa scolarité est tumultueuse : fugues, cours privés, échecs et reprises d’examens.

En 1954 paraît “Bonjour tristesse” qui la propulse à 19 ans dans le monde des gens riches et célèbres. En un an, 500 000 exemplaires de son roman s’envolent. La morale de l’histoire, c’est qu’il n’y en a pas. On peut être libre sans en payer le prix. Une révolution en 1954.

La vie trépidante de Françoise Sagan se décline au rythme des voitures sport, des casinos et des fêtes. En 1957, elle pulvérise son Aston Martin sur une route de campagne. Grièvement blessée, elle sort de l’hôpital accro à un dérivé de la morphine. Elle ne laissera plus les drogues dures.

Pendant 30 ans, elle écrit nombre de romans et de pièces de théâtre qui sont couronnés de succès : “Château en Suède”, “La chamade”, “Aimez-vous Brahms”, etc. Son recueil de portraits paru en 1985 “Avec mon meilleur souvenir” est considéré comme un de ses livres majeurs.

À l’automne 1985, elle est victime d’une overdose de cocaïne alors qu’elle accompagne le président Mitterrand en voyage officiel en Colombie. Il y aura deux mariages, un fils. Il y aura une foule d’aventures sans lendemain. Avec des hommes ou des femmes. Sans pour autant afficher sa bisexualité, sans même ne jamais en parler. Il y aura les accidents de voiture, les arrestations pour possession de drogue, les accusations pour fraude fiscale. “Je suis un accident qui dure”, disait Sagan.

Elle meurt en 2004, ruinée, avec 900 000 $ de dette fiscale. Nombre de ses livres sont à sa mort introuvable.

En 2008, les Éditions Julliard rééditent dix de ses titres parus entre 1954 et 1976.

Son fils Denis Westhoff, avec entente avec le fisc français, a permis que les livres de sa mère soient réédités et ainsi il va essayer de payer les dettes de cette dernière avec les droits d’auteur. Il poursuit aussi les Éditions Julliard qui détiennent la moitié du catalogue de Françoise Sagan.

Danielle Roy,
membre du club de lecture de la Bibliothèque municipale

Retourner au haut de la page


Lise St-Denis, Députée de Saint-Maurice-Champlain

Logo de la CDC du Haut St-Maurice

Logo de la Table Nationale des Corporations de Développement Communautaire

Logo du Ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale du Québec