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Maman a raison

Chronique de Maman a raison

 

Hier, aujourd’hui, demain : L’arrière-goût du harcèlement sexuel

Publié le 6 octobre 2015


Avez-vous du feu, svp ? C’est cette petite question toute simple qui m’a projeté, à 15 ans, dans le “merveilleux monde” du harcèlement sexuel. J’étais dans mon cours d’histoire et l’enseignant avait besoin de feu afin de pouvoir nous montrer comment un appareil fonctionnait. Il me donne comme mission d’aller demander un briquet ou des allumettes à un adulte dans l’école. En moins de deux, je suis dans le corridor direction salle des profs. Je croise mon prof de religion “Normand” et je lui demande poliment “Monsieur, avez-vous du feu, svp ? Nous en avons besoin pour le cours d’histoire.” Du tac au tac, l’enseignant des paroles de Jésus, de son père et de leur entourage me répond… “Non, mais j’ai du bonheur, veux-tu que je t’en mette dans le cul ?” QUOI ??? Merci quand même, et j’ai continué mon chemin pour trouver du feu avec un sentiment bizarre dans moi…

De retour en classe, j’ai raconté l’histoire à mes amis et j’imagine que le prof d’histoire a entendu, car le lendemain Normand s’est excusé, en riant avec gêne, de sa maladresse. Pas de punition pour lui, pas d’excuse officielle, pas de rencontre avec mes parents et la direction. Rien. Juste lui, seul avec moi, qui s’excuse en 3 secondes. OK, ce n’était pas un “big deal” dans le temps, pour moi non plus, alors “next”, la vie continue. Sauf que 30 ans plus tard, je me souviens encore très clairement de cette phrase…

Au fil des années, ça s’est poursuivi. Du gars dans un bar qui m’annonce qu’il se masturbe en regardant une annonce que j’avais faite à la télé pour une boutique de vêtement, au boss qui me racontait, en détail, sa vie sexuelle avec sa copine, que je connaissais puisqu’elle travaillait pour la même compagnie que nous, mais dans un autre département. Je lui disais tous les jours d’arrêter que ça ne m’intéressait pas. Il continuait. J’ai finalement fait une plainte à ma directrice qui l’a rencontré. Après cette rencontre, je me souviens, il est revenu, tout rouge et perplexe. Il ne comprenait pas comment j’avais pu le placer dans cette situation. “Je t’ai demandé 56 fois d’arrêter, ça marchait pas. Désolé, mais ça m’agressait vraiment.” Heureusement, il a fini par comprendre. Un peu plus tard, il s’est fait congédier, je ne sais pas trop pourquoi. Son remplaçant, un gars marié et père de deux petites filles, était très gentil et apprécié de tous. Après quelques mois, une belle amitié saine s’était formée entre nous.

Une bonne journée que j’allais voir le “show” de Sting avec des ami-es, mon copain qui devait venir avec nous annule, il ne pouvait finalement plus venir. Donc à la dernière minute, j’offre au nouveau collègue de travail de venir avec nous, puisque nous avions déjà acheté le billet. Il accepte. Au “show”, assis à côté de moi, il a passé son temps à me flatter le dos. Et moi, j’ai passé mon temps à lui dire de ne pas faire ça. La musique au max, entouré de milliers de gens en extase devant Sting, il me criait dans les oreilles de relaxer. Ça lui faisait plaisir de me caresser le dos. “Je fais rien de mal.” Me disait-il. Je ne savais pas trop comment réagir, j’étais pas bien. Il était dans ma bulle, mais selon lui, j’exagérais. Nous n’en avons jamais reparlé et tout était comme si de rien n’était. Il avait gâché mon “show” et maintenant quand j’entends Sting, une fraction de seconde, je repense à ce massage non désiré… RRRRRrrrrr.

Aujourd’hui, sachant ce que je sais, je me serais défendu et j’aurais été pas mal plus bête avec lui. Dans ce temps-là, ce n’était pas très clair ce qu’était le harcèlement sexuel, alors on se sentait mal à l’intérieur de nous-mêmes et on donnait le bénéfice du doute à son harceleur. On ne voulait pas être méchante, ou pas cool, ou créer des problèmes.

Je ne pourrais même pas me rappeler de toutes les stupidités qui m’ont été dites parce que je suis une fille, parce que je suis cute. Des paroles, des gestes qui peuvent paraître anodins, mais qui causent de gros malaises et de mauvais souvenirs. Ça reste quelque part dans ta tête et de temps en temps ça te frappe sournoisement. Tu te souviens très clairement de la situation… Trop triste. Je ne peux même pas m’imaginer les pauvres qui ont subi des gestes plus graves. Vous avez tout mon respect et ma compassion.

Plus ça change, plus c’est pareil…

En janvier dernier, après plus de 16 ans avec mes enfants à la maison, j’ai fait mon retour au travail. Au début de l’été, un lundi matin j’arrive au bureau. Mon patron me dit “Hey ! Tu es donc bien bronzée !” Et moi, de lui répondre simplement, “Bien avec la piscine dans ma cour, j’ai passé tout le “weekend” à être “lifeguard” pour ma fille et ses copines !” Il me demande alors, devant un autre employé, “Est-ce que tu portes un de ces maillots très petits là (et il met ses deux mains de chaque côté de ses parties intimes), en matériel rouge transparent qui nous laisse voir tes mamelons ? Comme dans “Baywatch” ! HAHAHA”. Mon confrère de travail ricane un peu, et dit aussitôt, “Moi, j’ai rien dit”. Je pense qu’il avait tout de suite compris que notre patron avait dépassé les bornes. Plus tard, il s’est excusé et il m’a dit qu’il se sentait mal pour moi et que les paroles de notre patron “c’était pas trop fort”. Au moins, y’a de l’espoir !

Encore une fois, je n’ai pas su comment réagir. J’ai comme ri jaune et je suis parti pour aller dans mon bureau. J’ai 45 ans, sérieux. Je n’aurais jamais pensé que ça n’avait pas évolué, qu’on peut toujours se faire dire de telles idioties en milieu de travail. Le “fan” de maillot rouge, mon ex-patron (j’ai quitté ce travail après quelques évènements du même genre) est un gars proche de la soixantaine, divorcé et seul depuis des lustres… Je me demande pourquoi ???

Personnellement, je n’ai aucun problème à dire à quelqu’un qu’il est beau ou belle, que j’aime sa tenue ou sa nouvelle coupe de cheveux. Mais je le fais en souriant, poliment et sans baver. Je m’imagine mal dire à un homme “Hey mon beau grand blond, c’est toute une saucisse que t’as dans ton pantalon…” ou “Let’s go, baisse tes culottes que je puisse voir si tu es bien équipé. Juste pour voir si t’en vaux la peine !!” Voyons donc ! Je trouve tellement séduisant quelqu’un qui est capable de subtilité, un petit compliment bien placé qui fait plaisir, qui remonte ton moral ou qui laisse place au questionnement, “Ah, tient, tient …, intéressant !!!”

Une arme à deux tranchants.

Ce qui n’est pas évident dans toutes ces histoires, que beaucoup de gens vivent tous les jours, c’est qu’il y’a du monde qui n’ont juste pas le tour avec les mots, qui n’ont pas de jugement, des gens simples, qui n’ont pas de filtres et qui ne font qu’exprimer ce qu’ils pensent. Et ils ne sont remplis que de bonnes intentions… Et il y a ceux qui savent très bien ce qu’ils font et qui le font allègrement, sans gêne, puisque tout le monde sait bien que “c’est son genre d’humour”, que “tout le monde est habitué”. “Il aime tellement les femmes, t’sé, c’est pas de sa faute !” OK, il aime les femmes alors tout est permis ? Surtout si, allons droit AUBUT, la personne a une grosse “job”... RIDICULE. Un de mes voisins m’a lancé une fois, devant sa femme et mon chum : “Toi là, tu dois être cochonne ennnn… !” Je pense qu’après, tout le monde a cessé de respirer pendant quelques secondes… Et je me disais : “Maudit gros cave, tu te penses ben drôle, mais tu me répugnes, je ne te toucherais même pas avec un bâton. Tu serais le dernier homme sur terre et moi la dernière femme et désolé, mais ce serait la fin de l’humanité.”

Ce sont des phrases comme ça que je vais entrer dans la tête de ma fille. Je ne veux pas qu’elle devienne une frustrée qui prend toute tout croche et qui voit du mal dans tout, bien sûr que non ! Mais je souhaite, de tout coeur, qu’elle ait le courage de s’exprimer sur le moment, si elle n’est pas bien. Qu’elle comprenne que lorsqu’à l’intérieur de nous on pense à une situation, avec malaise, avec un sentiment étrange, on devrait toujours s’écouter et se sortir de cette situation. C’est ça, je pense, qu’on appelle sa PETITE VOIX. Elle est géniale cette petite voix et il faut apprendre à s’en servir. Tu ne te sens pas bien, va-t’en de là. Trouve une raison ; t’avais oublié un rendez-vous, ta mère t’attend, tu as le goût de vomir et justement ton frère avait la gastro ce matin… Y’a jamais personne qui va s’obstiner pour que tu restes en entendant le mot gastro ! Pour ce qui en est de mon garçon, il a grandi avec 3 soeurs, il est tellement “smoootth” et subtil, toutes les filles, de 7 à 77 ans, me parlent de lui… Surtout qu’il est emballeur dans une épicerie alors il en croise des madames ! Il a compris quoi dire et comment pour compter des points !!!

Vive la bonne humeur, les blagues de bons goûts, l’écoute et le respect des autres. Vive la subtilité et le romantisme. Vive le féminin et vive le masculin !

Prenez bien soin de vous toutes et tous amis terriens !

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