|
|
 |
 |
|
Chronique Participation citoyenne |
Publié le 16/5/2011 - Version imprimable
Troisième partie - Le néolibéralisme et les femmes
Pourquoi les femmes ?
Une question légitime. Si le néolibéralisme fait des ravages partout sur la planète et s’attaque tant aux hommes qu’aux femmes, on peut poser la question : à système économique égal pour tout le monde, comment expliquer que les femmes soient plus pauvres, plus discriminées au niveau du travail, plus violentées que les hommes ? Comment expliquer que ce sont encore presque exclusivement les femmes qui s’occupent des enfants, des personnes dépendantes, des tâches domestiques ? Et comment comprendre que, parmi les femmes pauvres, discriminées et violentées, d’autres femmes le sont encore davantage telles les femmes autochtones, les femmes noires ?
Prenons le travail : pourquoi des compagnies recherchent-elles des femmes pour faire certaines tâches ? “C’est […] le regard social différent sur le travail des femmes en raison de leur sexe qui fait d’elles une réserve de main-d’œuvre des plus intéressantes 1 ”:
- Possibilité de payer moins cher un travail semblable à éducation et compétence égales.
- Compétences relationnelles particulières des femmes, compétences de plus en plus nécessaires dans une économie informationnelle où l’administration des choses passe après le maniement des personnes.
- Flexibilité. Il y a concordance entre la flexibilité du travail des femmes (emplois du temps, heures de travail, allées et venues dans et hors du marché de l’emploi) et les besoins de la nouvelle économie.
“[…] à l’origine de l’emploi des femmes dans les usines électroniques d’Asie du Sud-Est, il y a une extension du modèle de l’autorité patriarcale, passé du foyer familial à l’usine sous la forme d’un accord entre la direction de l’entreprise et le pater familias 2 . Partout, au Nord comme au Sud, on assiste à une généralisation de pratiques qualifiées de “modèle féminin” ou d’emplois qui s’apparentent souvent au travail de reproduction sociale, peu valorisé, des femmes (soins des personnes et tâches domestiques) : flexible, atypique, à temps partiel, fragmenté, sur appel, à domicile, à la pige, en sous-traitance, indépendant, instable, précaire, clandestin, etc., et où les femmes sont majoritaires.
Prenons les inégalités salariales. Il aura fallu des années de luttes pour obtenir une loi d’équité salariale. Mais cette loi était loin d’être parfaite : elle excluait de nombreux employeurs, dont le gouvernement lui-même ! Il aura fallu un recours en justice pour invalider les sections les plus discriminantes de la Loi sur l’équité salariale. La juge Carole Julien de la Cour supérieure explique que ces inégalités sont dues à la persistance du sexisme dans les relations de travail.
Le sexisme explique environ la moitié de l’écart salarial constaté entre les sexes. Il entache les systèmes traditionnels d’évaluation des emplois, systèmes qui, à leur tour, perpétuent le sexisme. Les outils, processus et démarches d’évaluation des emplois sont une source de discrimination sexiste. Il en est de même des effets pervers des structures salariales différentes pour les emplois féminins et masculins, ces structures constituant à la fois une conséquence et une cause de discrimination sexiste 3.
Prenons les tâches domestiques. Ce que l’on nomme le travail de reproduction (maternité, éducation des enfants, tâches domestiques, prise en charge de personnes dépendantes, activités liées à la vie communautaire, etc.) est réalisé massivement par les femmes et est n’est pas rémunéré. Or, sans ce travail de reproduction, le travail de production serait impossible, “la main-d’œuvre rémunérée n’existerait pas.” (Eichler 2003) Le travail de production des biens ou des marchandises et le travail de reproduction ou d’entretien de la vie sont encore deux mondes séparés qui n’ont pas, en matière de reconnaissance concrète, la même valeur. La valorisation du premier par rapport au second correspond à une hiérarchie entre les sexes 4.
C’est parce qu’elles sont femmes que les femmes vivent inégalités, discriminations, exclusions. Malgré les victoires importantes sur le chemin de l’égalité, l’assignation des femmes à leur rôle de mère, épouse et aidante continue d’être perçue comme “naturelle”. Le travail non rémunéré des femmes est toujours maintenu dans l’invisibilité et la non-reconnaissance. La division sexuelle du travail continue d’infléchir toutes les orientations du marché du travail.
Capitalisme et patriarcat combiné. Cette situation ne peut s’expliquer par la seule référence au capitalisme ou au néolibéralisme. Le patriarcat continue de constituer un puissant système d’oppression et de discrimination envers les femmes, un système “de valeurs, de règles, de normes, de politiques basé sur la prétention qu’il existerait une infériorité naturelle des femmes en tant qu’êtres humains et sur la hiérarchisation des rôles attribués dans nos sociétés aux femmes et aux hommes.” (Marche mondiale des femmes.) Ces deux systèmes se nourrissent l’un l’autre et se renforcent mutuellement.
Avec le racisme. Pour les femmes autochtones, pour les femmes noires, le racisme continue également de marquer leur vie comme système basé sur la prétendue supériorité de la race blanche.
Prendre en compte la situation des femmes et le point de vue des femmes dans la situation mondiale actuelle oblige à élargir l’analyse, à ne pas s’en tenir au seul néolibéralisme et à intégrer, sur un même pied d’égalité, tout ce qui relève du patriarcat et du racisme.
Des alternatives par et avec les femmes
Comment renverser la vapeur ? Comment mettre en échec la marche triomphale de la globalisation ? Comment lutter efficacement contre le triple système — capitalisme — patriarcat — racisme — qui empoisonne la vie des femmes ? Bien sûr, la bouchée est grosse ! Mais nous ne manquons ni d’imagination ni de moyens ni de détermination “[…] un système ne s’attaque pas directement. On s’en prend à ses manifestations, à ses pratiques.” Dans ce cadre, les luttes pour l’égalité entre les sexes sont des stratégies qui contribuent à ébranler le système en place.
Les luttes pour l’égalité
L’égalité comme fin et comme moyen ! Aucun “autre” monde n’est possible sans égalité entre les femmes et les hommes. Mais, paradoxalement, pour y parvenir, nous devons dès maintenant mettre en place toutes les mesures instaurant l’égalité de fait entre les femmes et les hommes.
Les chartes, les pactes, les conventions internationales — en particulier la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes — ont déjà inscrit l’égalité comme valeur fondamentale. Reste à les appliquer ! “L’égalité garantit aux femmes :
- le droit d’être des personnes “à part entière”, non discriminées sur la base de leur sexe ;
- la possibilité d’être reconnues telles qu’elles sont, dans leurs différences avec les hommes (ex. : les droits concernant la santé reproductive, le congé de maternité) ;
- la jouissance de tous les droits humains (la reconnaissance que les droits humains sont indissociables des droits des femmes et vice-versa) et la reconnaissance que la violation des droits des femmes constitue une violation des droits humains (ex. : la lutte, au plan international, pour que les viols des femmes en temps de guerre soient reconnus comme étant un crime contre l’humanité, se situe dans ce cadre) ;
- l’accès à l’exercice effectif de la citoyenneté ;
- la reconnaissance de leur capacité à définir leurs besoins propres.
Ce principe commande d’éliminer toutes les discriminations envers les femmes autochtones et celles à l’égard des femmes lesbiennes, des minorités ethniques ou culturelles.
Travailler concrètement à l’égalité, cela veut dire :
• mettre en place les mesures pour assurer l’égalité de représentation dans tous les lieux décisionnels, politiques et économiques ;
• prendre en compte la perspective différenciée selon les sexes dans tout accord commercial ;
• proposer une autre conception de la richesse, de la production et de la consommation qui tienne compte du travail non rémunéré et invisible des femmes, dont le travail domestique et sa comptabilisation dans le PIB et qui reconnaisse le rôle économique, social et culturel des femmes dans une vision du développement qui ne soit pas la seule croissance à tout prix ;
• concilier les différents “temps sociaux” : temps pour le travail, pour la famille, pour la culture, pour la participation citoyenne ;
• assurer l’équité salariale, l’accès universel à la santé, à l’éducation, à la culture, aux services de garde ; à la technologie et à la formation technique, au crédit, à la terre 5.”
Les luttes contre les accords de libre-échange tels l’ALENA et la ZLEA
Les groupes de femmes ont été très actifs lors du Sommet des Amériques et lors de la Consultation sur la ZLEA. Nous devons continuer de mettre le cap sur la construction de nouveaux rapports entre les peuples des Amériques, entre les femmes et les hommes des Amériques, entre les femmes des Amériques.
Poursuivre la marche !
La Marche mondiale des femmes appelle les femmes du monde à fouler le sol de leurs villages, quartiers, villes, régions contre la pauvreté et les violences faites aux femmes. La Charte mondiale des femmes existe et contient l’immense désir des femmes pour un monde nouveau. Consultez là !
1 Manuel Castells (1996). La société en réseaux : le pouvoir de l’identité, Fayard.
2 Manuel Castells (1996). La société en réseaux : le pouvoir de l’identité, Fayard.
3 Carole Julien, Cour supérieure (2004). JCS, 9 janvier 2004, p 61, paragraphe 260.
4 G. Bourret (2003). Quelques réflexions sur l’avenir du Conseil du statut de la femme, document de réflexion présenté aux groupes de femmes par le Groupe des 13.
5 Idem
|
|