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Culture    Chronique Participation citoyenne

Publié le 7/10/2010  -  Version imprimable

Première partie - Le néolibéralisme et les femmes

Un mariage impossible ! Un divorce assuré ! Une séparation inévitable 

“(...) La marche mondiale des femmes est commencée depuis des millénaires. Nous venons de très loin et nous ne sommes pas encore arrivés à destination. Il y a moins d’un siècle — un soupir dans l’histoire — les femmes n’avaient encore aucune identité : ni professionnelle, ni civile, ni politique, ni sociale. De tout temps, la sous-condition des femmes n’a jamais scandalisé le monde entier parce que le rapport de domination d’un sexe sur l’autre était enrobé joliment et utilement dans l’amour, dans la nécessité de la reproduction de l’espèce et dans l’esprit de famille. Aujourd’hui, l’asservisseur des femmes s’appelle néolibéralisme, mondialisation, sous-traitance, ouverture des marchés, capitalisme sauvage, performance, excellence, déréglementation 1”.

Oui, nous venons de très loin…

Vous vous souvenez, il n’y a pas si longtemps au Québec, les femmes étaient considérées comme des “mineures”. Elles ne pouvaient pas voter, elles ne pouvaient pas aller à l’université, elles ne pouvaient pas se faire opérer sans la permission de leur mari, elles n’avaient pas le droit d’utiliser des moyens de contraception et encore moins d’avorter ! Travailler à l’extérieur de la maison, comme on disait à l’époque, était assez mal vu. Leur rôle était de rester à la maison et d’élever les enfants. Les gouvernements, les décideurs économiques, les entreprises… et les maris s’accommodaient fort bien de cette situation.

C’était partout pareil dans presque tous les pays, mais avec des intensités différentes selon l’histoire, les cultures, les religions. Plusieurs ont alors pris conscience que ça n’allait pas, que ces inégalités étaient inacceptables, qu’il fallait changer les choses. Et par vagues successives, de génération en génération, les femmes se sont mobilisées, au Québec comme partout ailleurs à travers le monde.

Les femmes ont enfin obtenu le droit de vote, très tard, des centaines d’années après celui des hommes, mais elles l’ont obtenu ! Bien sûr, elles ne sont pas encore à égalité avec les hommes dans les lieux décisionnels — dans les parlements par exemple — mais les luttes continuent pour y arriver.

Les femmes ont fait changer les législations rétrogrades et patriarcales

On se souviendra qu’au Québec, la première femme élue députée est entrée à l’Assemblée nationale en 1961 et son travail, appuyé par les pressions des groupes de femmes, a abouti en 1964 à la première législation qui a mis fin à l’incapacité juridique de la femme mariée et aboli l’obligation d’obéissance au mari. Depuis, les femmes n’ont cessé de faire avancer les législations sociales, par exemple : la Loi sur la perception automatique des pensions alimentaires, la Loi sur l’équité salariale.

Elles ont bouleversé la vie familiale et changé les relations avec les hommes

Les femmes ont mis sur la place publique le problème de la violence conjugale ; elles en ont fait une question de société et non plus un simple problème privé entre conjoints. Bien sûr, la situation est loin d’être réglée, mais de plus en plus c’est maintenant “tolérance zéro” quant à toutes les formes de violence envers les femmes. Elles ont aussi réclamé que les hommes s’occupent de leurs enfants et des tâches domestiques. Ça ne se fait pas encore assez, c’est certain, mais l’idée gagne du terrain et les jeunes hommes y sont de plus en plus sensibles.

Les femmes ont gagné en partie le contrôle de leur corps et de leur sexualité

Là aussi il n’y a rien d’acquis, les mouvements pro-vie sont très actifs. Et aux États-Unis, récemment, des milliers de femmes sont redescendues dans la rue pour protéger le droit à l’avortement. Au Québec, un homme a déjà été condamné à une peine de prison pour avoir fait avorter sa conjointe contre la volonté de celle-ci. Mais on considère désormais acquis le droit des femmes à disposer de leur corps et non plus le droit des autres à disposer du corps des femmes. C’est un gain immense !

Les femmes ont pénétré massivement le monde du travail

Elles sont secrétaires, avocates, infirmières, conductrices de grues mécaniques, éducatrices, chauffeuses d’autobus, etc. Bien sûr, à travail égal ou équivalent, les femmes ont souvent un salaire inférieur à celui des hommes, mais la bataille sur l’équité salariale fait des pas de géant.

Les femmes autochtones ont mené plusieurs combats pour améliorer la condition des femmes au sein des Premières Nations. On se rappelle, entre autres, leur lutte pour la conservation de leur identité et de leur statut d’Indienne, lorsque mariées à des hommes blancs, une identité que leur niait la loi fédérale C-31. On se rappelle leur courage dans la dénonciation de la violence domestique au sein de leurs propres communautés.

Les femmes lesbiennes ont mené des luttes pour l’obtention de l’union civile.

Les femmes des communautés culturelles doivent toujours se mobiliser pour contrer les discriminations particulières dont elles sont victimes. Tout comme les femmes noires qui vivent le racisme au quotidien, y compris entre femmes !

Tous ces gains — et tant d’autres — ont fait dire que le féminisme constitue “(…) une des plus grandes révolutions du siècle. Elle n’a produit ni bain de sang ni anciens combattants. Et la flamme brûle toujours. En cent ans, les femmes ont changé la maison, l’école, le travail, l’amour et le monde 2”. Et pourtant…

La globalisation : une nouvelle course à obstacles pour les femmes

Et pourtant, malgré ces gains — toujours fragiles — la situation des femmes connaît de nombreuses lacunes. Les chantres d’une économie libérée de toutes contraintes, d’une économie sans frontière, ouverte à la libre circulation des capitaux, des biens et des personnes, d’une économie au service du secteur privé et des grandes corporations multinationales, d’une économie à la limite sans État nous avaient fait miroiter les promesses d’une vie meilleure pour toutes et tous. À la veille de la fondation de l’Organisation mondiale du commerce, les dirigeants faisaient le pronostic suivant : il n’y aura que des gagnants et pas de perdants.

Et ils ont tenu promesse pour une minorité de pays et d’habitants de la planète ! Les pays riches n’ont jamais été aussi riches, les quelques riches sont toujours de plus en plus riches, les gagnants continuent de gagner. Mais ils ont manqué à leur promesse pour l’immense majorité des peuples, pour l’immense majorité de l’humanité, pour l’immense majorité des femmes en particulier.

Richard Desjardins résume très bien la situation : “Y’en a qui ont toute pis toute les autres ont rien !”. Et dans le “toute les autres qui ont rien” les femmes sont championnes !

Car […] les effets de la mondialisation ne touchent pas indifféremment les deux sexes. Si elle entraîne aussi les femmes dans son sillage, c’est d’une autre manière que les hommes. Dans l’expansion planétaire du marché mondial et dans le triomphe du libre-échange, on leur assigne des missions et des rôles spécifiques. Il est grand temps de décrire de manière systématique l’effet des évolutions globales sur la vie et le travail des femmes 3.

À suivre…

1 Pedneault, Hélène, écrivaine. Manifeste pour la Marche mondiale des Femmes au Québec, octobre 2000.2 Anne Bisang, Directrice de la Comédie de Genève dans l’Adieu au siècle, un hommage aux femmes qui ont marqué le XXe siècle.3 Wichterich, C (1999). La femme mondialisée, Solin Actes Sud.

2 Anne Bisang, Directrice de la Comédie de Genève dans l’Adieu au siècle, un hommage aux femmes qui ont marqué le XXe siècle.

3 Wichterich, C (1999). La femme mondialisée, Solin Actes Sud.


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