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Un oiseau dans ma cour

Chronique “Un oiseau dans ma cour”

par Guy Pilote

La chanson… c’est un vivant petit oiseau sensible et intelligent dont l’univers est la cour, il connaît et ressent tout, mais en petit, c’est très parent avec le conte et la fable.

Félix Leclerc

Un peu de monnaie

Publié le 8 juin 2017


Pour aider les personnes qui vivent dans la misère, vaut-il mieux faire de la politique que faire la charité ? Je suis de ceux qui croient, comme le philosophe Comte-Sponville *, qu’à problèmes sociaux doivent d’abord correspondent des solutions sociales et des actions politiques. Mais cela ne dispense pas, dira aussi le philosophe, “[…] d’avoir à l’égard des pauvres ou des exclus une attitude de proximité fraternelle, de respect, de disponibilité secourable, de sympathie, bref de compassion”. Il est vrai que la compassion n’a pas toujours bonne presse de nos jours, et cela sans doute parce que nous la confondons souvent avec la pitié. À ce propos, le philosophe apportera cette distinction :

“La pitié s’éprouve de haut en bas. La compassion, au contraire, est un sentiment horizontal : elle n’a de sens qu’entre égaux, ou plutôt, et mieux, elle réalise cette égalité entre celui qui souffre et celui, à côté de lui et dès lors sur le même plan, qui partage sa souffrance. Pas de pitié, en ce sens, sans une part de mépris ; pas de compassion sans respect.”

Compatir, c’est ressentir la souffrance de l’autre et agir pour l’en soulager, dans un esprit de partage. Vue sous cet angle, la compassion peut tout autant motiver des actions politiques que des gestes individuels. Les liens sociaux n’en seront que plus forts si les deux formes d’aide peuvent coexister. Par ailleurs, laisser aux seuls individus le soin de prendre en charge le sort des plus démunis, comme le veut la tendance (néolibéralisme oblige !), m’apparait comme une option douteuse sur le plan éthique.

“Monsieur, monsieur, s’il vous plait, auriez-vous un peu de monnaie”, ce sont ces mots entendus sur la rue qui m’ont inspiré le texte qui suit. Ces mots, mais aussi le ton désespéré du jeune homme qui les prononçait.

Un peu de monnaie

De la vie… j’ai reçu
Mon coeur se souvient
Je marche dans la rue
Et je regarde au loin
Lui… si peu reçu
Sa mémoire s’abstient
Sa maison c’est la rue
Sa vie tient dans sa main

Monsieur, monsieur, s’il vous plait,
Auriez-vous un peu de monnaie…

D’une main moi… je donne
Et de l’autre… je prends
Chez moi l’amour foisonne
Et je choisis librement
Lui… son coeur frissonne
D’une main il dépend
De l’autre il se cramponne
Au regard des passants

Monsieur, monsieur, s’il vous plait,
Auriez-vous un peu de monnaie…

Ma main dans un élan
Soulage son ventre creux
Heureux un bref instant
Puis il baisse les yeux
Son corps bien trop souffrant
Son coeur triste et honteux…
Comme il doit être pesant
Le dur destin des gueux

Monsieur, monsieur, s’il vous plait,
Auriez-vous un peu de monnaie…

 

* André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus, chapitre 8 : La compassion

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